Société

Une élection historique

Le public américain se passionne pour une campagne présidentielle très serrée qui devrait amener un nombre record d’électeurs à voter le 4 novembre

Par : Yvon Larose
«Une majorité d’électeurs américains, du moins ceux interrogés par sondages, manifestent une volonté réelle d’élire soit un Noir comme président, soit une femme comme vice-présidente», indique Costas Panagopoulos, professeur adjoint au Département de science politique à l’Université Fordham et chercheur associé à l’Institution for Social and Policy Studies de l’Université Yale. «Je crois, poursuit-il, que le pays est prêt pour l’une ou l’autre situation. L’élection du 4 novembre fera l’histoire.»

Costas Panagopoulos est un spécialiste des élections américaines et des campagnes présidentielles. Il a été conseiller de la sénatrice Hillary Clinton en 2004-2005 et analyste politique, en 2006, pour le réseau NBC. Le mardi 30 septembre, au pavillon Charles-De Koninck, il a prononcé, devant une salle comble, une conférence sur les élections américaines 2008. L’activité était organisée par le Département de science politique et l’Institut québécois des hautes études internationales. Selon le conférencier, la participation aux élections pourrait également être historique. «Habituellement, entre 50 et 55 % des électeurs vont voter, explique-t-il. En 2004, ils étaient 62 %, un record pour les États-Unis. Cette année, je crois qu’ils devraient atteindre 65 % principalement à cause de la mobilisation faite par les deux partis. Sarah Palin, la colistière du candidat républicain John McCain, aura un rôle clé à jouer à ce chapitre. Elle est là pour faire en sorte que les électeurs républicains plus conservateurs iront voter, eux qui ne sont pas emballés par McCain et ses positions modérées sur plusieurs enjeux électoraux.»

Selon Costas Panagopoulos, la campagne présidentielle suscite un intérêt «sans précédent» dans la population américaine. «Plus de 90 % des citoyens disent être très attentifs à ce qui se passe, souligne-t-il. Ce niveau est deux fois plus élevé que dans les élections précédentes.» Selon lui, le fait que la course soit aussi serrée dans les sondages, ainsi que les différences idéologiques dans une grande variété d’enjeux entre le démocrate Obama et le républicain McCain, expliqueraient ce grand intérêt. «Plus de gens iront voter parce qu’ils croient que leur vote va compter si les résultats des sondages demeurent serrés», soutient Costas Panagopoulos.

L’avance de Barack Obama tourne actuellement autour de 4 points. Pour Costas Panagopoulos, elle devrait plutôt être de 10, 15 ou même 20 points considérant l’impopularité de l’Administration Bush, donc du Parti républicain, et les défis posés à l’économie américaine par la crise financière. Dans les plus récents sondages, 53 % des répondants disent que l’économie constitue l’enjeu le plus important. Il y a quelques semaines, Obama détenait une avance de 5 points sur son adversaire sur les questions économiques. Cette avance est maintenant de 14 points. «Je pense que les Américains perçoivent désormais les autres enjeux à travers le prisme de la situation économique, soutient Costas Panagopoulos. Et cela désavantage sérieusement McCain puisque l’économie n’est pas sa force.»

Le facteur Bush et l’effet Bradley
Si l’héritage de l’Administration Bush hante le candidat républicain durant la campagne présidentielle, le candidat démocrate, pour sa part, doit tenir compte du fait que de nombreux électeurs, principalement dans les États du Sud, ne voteront pas pour lui uniquement parce qu’il est Noir. «Je pense que la question raciale constitue un facteur significatif dans cette campagne, affirme Costas Panagopoulos. On sait que les répondants aux sondages ont tendance à surestimer leur soutien à un candidat noir en moyenne de 8 à 12 points de pourcentage. Ils ne veulent pas dire qu’ils ne voteront pas pour un candidat noir. Probablement que cet effet, l’effet Bradley, jouera à cette élection à hauteur de 3 à 4 points.»

Dans le camp démocrate, la sénatrice Hillary Clinton a remporté le vote populaire lors des élections primaires sur son adversaire Barack Obama. Le parti a toutefois choisi ce dernier comme candidat pour la campagne présidentielle. «Certains croient que si le choix s’était porté sur Clinton, son avantage sur McCain aurait été encore plus grand, souligne Costas Panagopoulos. Par la suite, si Obama n’a pas choisi Clinton comme colistière, ce n’est pas parce qu’elle est une femme. Pour une raison ou une autre, il ne voulait pas d’Hillary Clinton.» Le conférencier rappelle que John McCain a choisi de ne pas s’adjoindre quelqu’un de fort en économie comme Milt Romney. «Il a plutôt choisi une femme qui, en plus de plaire à la base du Parti républicain, pourrait attirer le vote d’un certain nombre de femmes, bien que ce soit difficile à faire pour une personne aussi conservatrice que Sarah Palin, indique Costas Panagopoulos. Cela dit, celle-ci a suscité beaucoup d’enthousiasme. Elle a réussi à créer un lien personnel avec l’électeur moyen, non seulement dans le parti mais aussi parmi les indépendants, et même avec certains démocrates.»

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