Société

Un parcours original mais déroutant

Le plus récent ouvrage de Jocelyn Létourneau démontre que l’histoire politique du Québec français est traversée par la recherche d’un positionnement original entre plusieurs vecteurs

Par : Yvon Larose
«Ce qui est difficile à expliquer avec le référendum de 1995, soutient Jocelyn Létourneau, c’est que pas plus de Québécois d’héritage canadien-français n’ont répondu oui à une question qui leur demandait de dire tout haut ce qu’ils pensent depuis très longtemps, à savoir qu’ils veulent être aussi souverains que possible, mais sans sortir du Canada.» Cette espèce de dialectique paradoxale, qui consiste à être avec l’Autre mais sans s’incorporer en Lui, n’est pas nouvelle dans l’histoire politique québécoise. Ces années-ci, elle s’est manifestée, entre autres, dans l’élection à Québec d’un parti fédéraliste qu’on enjoint de se comporter comme un parti nationaliste, après avoir évincé du pouvoir un parti indépendantiste à qui la population n’avait pas accordé la légitimité nécessaire à la réalisation de son idéal.

Cette dialectique paradoxale est au cœur de l’essai que Jocelyn Létourneau vient de faire paraître aux Éditions Boréal sous le titre Que veulent vraiment les Québécois?. Dans cet ouvrage sous-titré Regard sur l’intention nationale au Québec (français) d’hier à aujourd’hui, le professeur du Département d’histoire et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et économie politique du Québec contemporain approfondit une réflexion personnelle sur l’intention nationale des Québécois au cours des siècles. Cette voie argumentative, le professeur en a commencé et avancé la construction dans deux précédents essais: Passer à l’avenir: histoire, mémoire, identité dans le Québec d’aujourd’hui (Boréal, 2000) et Le Québec, les Québécois: un parcours historique (Fides/Musée de la civilisation, 2004).

Le plus récent ouvrage de Jocelyn Létourneau démontre que l’histoire politique du Québec français est traversée par la recherche d’un positionnement original entre plusieurs vecteurs. «Le Québécois, lit-on, veut être différent de l’Autre sans cesser de lui ressembler. Il veut être séparé de l’Autre sans être rejeté par Lui. Il veut décider de son destin (volonté de souveraineté) sans être abandonné à lui-même (volonté de partenariat). Et il ne veut ni se fondre dans l’Autre (peur de disparaître) non plus que se retrouver seul avec Lui-même (crainte du repli sur Soi).»
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Selon l’historien Jocelyn Létourneau, les Québécois ont toujours été pragmatiques dans leurs choix politiques. C’est pourquoi l’interdépendance représente une solution des plus attrayantes.


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Une identité mitoyenne de l’entre-deux

Dans son livre, Jocelyn Létourneau explique que tout au long de leur histoire, les Québécois ont occupé un espace identitaire déroutant caractérisé par l’ambivalence, l’ambiguïté, l’inconstance, le louvoiement et la mobilité. «Du temps de la colonie, rappelle-t-il, les Canadiens étaient inspirés par la France, mais ils devaient faire face aux contingences du continent nord-américain. C’est là qu’ils ont bâti leur identité, une identité mitoyenne de l’entre-deux.» Selon lui, prend forme dès cette époque la base de l’attitude générale qui caractérisera par la suite le parcours politique du Québec. «On trouve là, dit-il, une façon d’agir et de se comporter qui reflète une flexibilité, une capacité d’adaptation, de versatilité, de faire avec, de changer de direction.»

Sous le Régime anglais, deux objectifs politiques animeront les Canadiens du temps: consolider les références originelles françaises et étendre les droits britanniques acquis tels que l’habeas corpus, la liberté de presse, le droit d’association et la pratique du parlementarisme. Sur les troubles de 1837 et 1838, Jocelyn Létourneau écrit: «Ces soulèvements doivent être vus comme un accident, la manifestation d’un dérapage par rapport à un mouvement social et à une intention politique aux ressorts et aux finalités d’abord réformistes et pragmatiques, limités et conciliants».

Jocelyn Létourneau insiste sur le fait que la société québécoise a été et est toujours traversée par des oppositions, des tensions, des conflits. De nos jours, entre les noyaux durs indépendantiste et fédéraliste se trouvent de très nombreux citoyens qui se situent dans la continuité de ce qu’a toujours été l’intention politique dominante. Cette approche consiste à tenter de faire avancer ses pions sur plusieurs fronts à la fois, sans jamais fermer aucune porte. «Beaucoup de gens, souligne le professeur, sont pour l’avancement discret à coups de réformes, le changement graduel. Même des politiciens de premier plan comme René Lévesque et Pierre Trudeau en leur temps n’ont pas réussi à convaincre les Québécois de se débarrasser de leur ambivalence.»

Pour l’auteur de Que veulent vraiment les Québécois?, l’interdépendance représente, pour les Québécois, une solution politique des plus attrayantes. Par ailleurs, il affirme que ce qui importe le plus en politique est que les citoyens puissent s’épanouir au diapason de leurs possibilités. Dans le cadre de leur projet politique construit comme un assemblage, les Québécois se distinguent par leur pragmatisme. Ils sont ouverts, adaptables, réalistes et inventifs.

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