Société

Un monde enchanté

Le Seigneur des anneaux de Tolkien cacherait bien son Dieu

Par : Renée Larochelle
Avez-vous déjà lu Le Seigneur des anneaux, «ce conte de fées pour adultes» comme le qualifiait lui-même son auteur J.R.R.Tolkien, et dont le succès ne se dément pas depuis 1954, année de sa publication? Si certains observateurs ont fait une lecture marxiste-léniniste, environnementaliste - et même féministe -  de ce récit fantastique, d’autres y ont vu une œuvre ayant de fortes connivences avec la foi chrétienne. C’est le cas de Pierre-Olivier Tremblay, étudiant au doctorat en théologie qui a lu une quinzaine de fois la célèbre trilogie. «À première vue, le rapport avec la spiritualité chrétienne n’est pas apparent», explique l’étudiant qui a prononcé récemment une conférence à l’Université sur le thème «Trouver Dieu dans Le Seigneur des anneaux». «Mais plus on approfondit l’œuvre, plus on y découvre une parenté avec la foi chrétienne», dit-il.

Transformer le réel
Qu’y a-t-il en jeu dans ce roman qui se déroule dans une Terre du Milieu sortie tout droit de l’imagination fertile du fervent catholique qu’était Tolkien? Dans un perpétuel combat entre le bien et le mal, l’homme lutte pour sa vie, tantôt appelé par de nobles idéaux, tantôt attiré vers les ténèbres où ce qu’il y a de meilleur en lui chancelle sous les coups du destin. S’il s’engage dans la mauvaise voie et se perd dans la noirceur, il croit au pouvoir de la rédemption qui efface tout et permet parfois des miracles. Quand tout semble perdu, il s’en remet entre les mains de la providence. Dans cette histoire peuplée de créatures enchanteresses, quelques personnages du Seigneur des anneaux évoquent de véritables figures bibliques. Ainsi en est-il de Frodon qui va jusqu’à offrir sa vie pour sauver celles des autres, de Gandalf, dont le guide suprême est le bien sous toutes ses formes, et d’Aragorn qui possède le don de guérison. Malgré tout, il n’existe aucune trace de religieux dans le roman, constate  Pierre-Olivier Tremblay, comme si l’auteur s'était refusé à toute forme d'endoctrinement. «Tolkien nous invite simplement à transformer le réel, dit l’étudiant. Il nous dit que même les plus humbles et les plus petits parmi les êtres – comme ses fameux Hobbits – ont de la valeur dans l’Univers.»

Professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, Guy Jobin a aussi lu et relu ce roman dont le texte riche et dense le fascine depuis l’adolescence. À ses yeux, toutefois, le roman serait tout sauf religieux. «Je suis toujours sceptique quand j’entends des gens vouloir faire du Seigneur des anneaux une grande paraphrase biblique, dit-il. Par exemple, on a comparé la reine des Elfes à la Vierge Marie et associé Gandalf à la figure du Christ. Pourtant, s’il y a quelque chose d’absent dans le roman, c’est bien Dieu, et encore moins un Dieu catholique.» Selon Guy Jobin, la question de l’être humain face à ses responsabilités est au centre du roman de Tolkien. «Ne pouvant plus s’appuyer sur des divinités pour s’en sortir, l’être humain en vient à être responsable de lui-même, affirme-t-il. Je crois que c’est là le message du texte.» 

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