Société

Turbulences planétaires

Côté pile ou côté face, la mondialisation fait l’objet, plus que jamais, d’incessants débats

Par : Julie Bouchard
Au Nord, des travailleurs voient leur «job» partir sans eux vers les pays émergents où des gens qualifiés sont prêts à faire le même boulot pour un salaire moindre. Au Sud, des pays qui ont longtemps attendu leur tour connaissent une croissance qui, il n’y a pas si longtemps encore, était inespérée. Dans les deux hémisphères, donc, la mondialisation n’a pas le même goût. L’autonomie locale permettrait-elle de sortir de cette dialectique et la production locale, de contrer les effets pervers de la mondialisation? Évidemment, la réponse a deux faces, et peut-être même une troisième et une quatrième selon Hervé Kempf et Alain Prujiner, les deux conférenciers invités à débattre du sujet lors de la Chaire publique de l’AELIÉS, le 17 avril, au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack.
   
Pour citer le titre exact de cette conférence, à l’heure de la mondialisation, l’autonomie locale est-elle encore possible? Tout dépend de ce qu’on entend par «autonomie», tout dépend de l’étendue du «local» et tout dépend du niveau de vie désiré, répond d’abord le très nuancé Hervé Kempf qui, rappelant qu’il était aussi l’auteur de Comment les riches détruisent la planète et du plus récent Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, s’est ensuite lancé dans une brève histoire de la dérive du capitalisme. Une histoire qui s’est déroulée au détriment de l’environnement et au profit des riches, des très riches, mais qui a peut-être – enfin - une fin. Qu'est-ce qui se profile à l’horizon aujourd’hui? Une crise environnementale appréhendée qui devrait nous amener à revoir de toute urgence nos politiques. L’autonomie locale a-t-elle une place dans ce contexte? «Oui, si elle est accompagnée d’une réduction des flux, croit Hervé Kempf, et si elle n’est pas synonyme d’autarcie et, surtout, si nous sommes prêts à réduire notre consommation matérielle au profit de liens sociaux enrichis, de meilleurs systèmes d’éducation, de santé, etc.»
   
Président de la Commission de la recherche de l’Université Laval, le professeur de droit Alain Prujiner a lui aussi fait un salut à l’histoire avant de répondre à la question au présent. «Curieusement, on envisage la mondialisation comme si c’était un phénomène naturel, alors que c’est le résultat d’un projet politique formulé par les États au lendemain de la crise de 1929 et de la Seconde Guerre mondiale.» Un projet qui a donné naissance à l’ONU, à l’OTAN ou à l’OCDE, pour ne nommer que ces organisations. Le problème, c’est qu’à ce projet politique est venue se greffer l’idéologie ultralibérale des années 1980, idéologie qui n’a rien à voir avec la mondialisation et qui serait la source de la crise actuelle, ajoute Alain Prujiner. Mais le libéralisme n’est plus seul à avoir voix au chapitre. Et, aujourd’hui, «après avoir été longtemps méprisé, le rôle économique des États est en train de revenir. Et c’est à travers l’État que je peux envisager l’autonomie locale. L’économie, aujourd’hui, se joue nécessairement dans un cadre mondial, aussi le local doit entrer dans un processus de coordination avec les autres.»

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