Société

Trop de vent dans les voiles

En 400 ans d’existence, la ville de Québec a souvent été une aire de passage pour des centaines de milliers d’émigrants

Par : Renée Larochelle
Vous souvenez-vous des frères Statsny? En 1980, Peter et Anton fuyaient la Tchécoslovaquie pour se joindre à l’équipe des Nordiques de Québec, suivis un peu plus tard de leur frère Marian. Pendant dix ans, ces étoiles du hockey feront courir les foules. La récession économique du début des années 1990 forcera les Nordiques à se départir de Peter qui finira par retourner vivre dans son pays natal avec son frère Anton. Aujourd’hui, seul Marian vit encore à Québec. Selon Martin Pâquet, professeur au Département d’histoire, l’expérience des Stastny a beaucoup à voir avec celle de tous les autres migrants de Québec qui sont venus et qui sont repartis pour toutes sortes de raisons, qu’elles soient d’ordre économique ou autre. «Quand on regarde l’histoire de l’émigration et de l’immigration à Québec depuis quatre siècles, on s’aperçoit que pour des centaines de milliers de personnes, la ville a été essentiellement une aire de passage», dit Martin Pâquet, qui a donné une conférence sur ce sujet avec Alain Laberge, également professeur d’histoire à l’Université, le 24 septembre, au Musée de la civilisation. Cette conférence s’inscrivait dans le cadre de sortie récente du livre Québec, Champlain, le monde, publié aux PUL sous la direction de Michel de Waele et Martin Pâquet.

Une étape parmi d’autres
De 1815 à 1941, plus de 4 millions de personnes provenant d’Europe ont débarqué sur les quais de Québec qui occupait alors la troisième place en matière d’affluence migratoire, après New York et Buenos Aires. Ils étaient Anglais, Écossais, Allemands, Scandinaves et, plus tard, Italiens, Polonais, Portugais, Hongrois  Pour plusieurs, Québec n’était pas un point de chute permanent mais plutôt une étape supplémentaire faisant partie d’un itinéraire qui les mènerait ailleurs au Canada ou aux États-Unis. D’autres groupes qui pensaient faire leur vie à Québec décideront de déménager en raison d’événements imprévus ou de revirements de situation. C’est le cas des résidents britanniques protestants qui quitteront Québec à cause de la fermeture de la garnison britannique et du glissement des activités portuaires vers Montréal, et aussi des Irlandais catholiques, parmi lesquels de nombreux débardeurs, qui vogueront vers d’autres cieux en raison de la disparition d’emplois non spécialisés à Québec.

«Au 20e siècle, Québec retient de moins en moins les immigrants d’outre-mer, souligne Martin Pâquet. D’autres ports comme Halifax et Montréal, où  l’accès au marché du travail est plus rapide, concurrencent Québec qui perd alors le monopole des admissions. Cette mouvance touche également des gens d’ici qui choisissent de s’expatrier vers la Nouvelle-Angleterre pour travailler dans les fabriques de textiles. Avec la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Québec perd considérablement de son attrait comme aire de passage.»

J’y suis, j’y reste?
Qu’en est-il de l’émigration et de l’immigration à Québec, avant l’ère industrielle? «À partir de 1632, Québec remplace Tadoussac comme lieu de débarquement de tous ceux et celles qui traversent l’Atlantique et la ville aura le monopole des arrivées par bateau jusqu’au milieu du 19e siècle, répond Alain Laberge. Jusqu’en 1760, Québec accueille environ 27 000 personnes qui passeront au moins un hiver au Canada. De ce nombre, la moitié, soit à peu près 14 000 personnes, resteront, principalement de sexe masculin.» Les voyageurs sont soldats, engagés, fonctionnaires. Beaucoup sont célibataires. Les hivers sont froids et longs, les Iroquois rôdent dans les parages et les femmes se font plutôt rares. L’arrivée à Québec de 800 Filles du Roi entre 1663 et 1773 permet de rétablir la situation du déséquilibre entre les sexes. «On peut toutefois se demander ce qui pouvait inciter des personnes à venir au Canada au 17e siècle, dit Alain Laberge. En effet, la plupart de ceux qui ont peuplé le Québec provenaient de l’Ouest de la France, une région où ne régnait ni guerre, ni épidémie, ni famine. Pour eux, venir au Canada faisait partie de l’éventail des possibilités. Certains sont venus, se sont mariés et ont choisi de repartir dans leur pays d’origine, et ce, pour toutes sorte de raisons. Par exemple, des migrants arrivaient à Québec et finissaient par se rendre compte qu’ils n’étaient pas qualifiés pour travailler la terre. Finalement, les seules personnes à avoir émigré et qui savaient qu’elles resteraient au pays sont les Filles du Roi.»             

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