Société

Sortir du trafic

L’absence de politique en matière de droits de la personne au sein de l’Union européenne n’aide pas à résoudre le problème de la traite d’êtres humains

Par : Renée Larochelle
Depuis une quinzaine d’années, le phénomène de la traite des êtres humains, c’est-à-dire le transport d’une personne dans un pays où elle sera exploitée par d’autres, a pris une ampleur considérable. Selon certaines statistiques, environ 500 000 personnes en seraient victimes chaque année, dont 75 % de femmes et d’enfants. L’absence de politique en matière de droit de la personne au sein de l’Union européenne ne contribuerait pas à résoudre le problème, les différents organes de l’UE ne s’entendant pas sur le sort à accorder aux victimes lorsque les autorités découvrent leur présence illégale dans le pays. En somme, la question qui se trouve au cœur du problème est la suivante: vaut-il mieux protéger les victimes de la traite ou les frontières des pays?
   
«Le sujet de l’Union européenne et de la traite des êtres humains est très complexe», a expliqué Sandra Deck, étudiante au doctorat en droit et l’une des conférencières ayant participé récemment aux Ateliers Schumann, une activité organisée par l’Institut québécois des études internationales. «Il faut garder à l’esprit que la préoccupation pour les droits humains est récente dans une union qui, au départ, a été créée pour des raisons économiques, note Sandra Deck. Actuellement, les États doivent statuer sur les droits de la personne, ce qui n’est pas la même chose.»

Prise au piège
À la différence du trafic de migrants où le migrant n’a plus jamais de nouvelles du passeur qui l’a aidé à entrer illégalement au pays, le passeur et la victime de la traite, eux, restent en contact, le premier exerçant une emprise sur la seconde, le plus souvent à des fins de prostitution. À cause du contrôle exercé sur elle, la victime est prise au piège, un éventuel refus d’être exploitée mettant sa vie (et même celle de ses proches) en danger. Dans une conception classique de la traite où on l’a kidnappée et forcée à immigrer, la victime est automatiquement renvoyée dans son pays d’origine. Dans la majorité des cas toutefois, la personne a choisi volontairement d’immigrer pour trouver à l’étranger des conditions économiques, sociales ou politiques plus satisfaisantes. Dans ce contexte, le retour dans son pays d’origine s’avère hors de question. Et comme elle s’est endettée auprès des trafiquants pour immigrer et qu’ils exigent de se faire rembourser, elle choisit de rester dans ce pays où elle est pratiquement réduite à l’esclavage.
   
«La victime de traite mériterait de rester sans être inquiétée sur le territoire où elle a été exploitée pour deux raisons, explique Sandra Deck. D’une part, elle a vécu de graves violations de ses droits fondamentaux et a besoin de soutien et d’aide de l’État. D’autre part, cette personne demeure un témoin capital des activités des filières de passeurs, connaissant les noms et les lieux. Elle représente une mine de renseignements dans les procédures judiciaires visant à démanteler ces réseaux. Par conséquent, on devrait lui procurer au minimum un visa temporaire pour assister les policiers dans leurs recherches.» Ces deux raisons ne parviennent cependant pas à infléchir les États qui considèrent la victime de traite comme une criminelle ayant violé les lois migratoires et les lois du travail, rappelle Sandra Deck. Le fait de lui accorder un visa reviendrait à légitimer après coup une entrée illégale. Mais tout n’est pas perdu pour ces personnes, certaines instances aussi prestigieuses que le Parlement européen ayant placé la protection des victimes de traite au centre de leurs préoccupations. D’où une lueur d’espoir pour des centaines de milliers de personnes prisonnières de ce trafic honteux.                 

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