Société

Seul au monde

Un enfant présentant un trouble de l’attachement croit que nul ne peut le protéger dans la vie, sauf lui-même

Par : Renée Larochelle
Connaissez-vous le lien d’attachement? Il s’agit de ce lien affectif qu’établit le nourrisson avec la personne qui prend soin de lui, habituellement sa mère biologique. Il pleure, on le console. Il a faim, on le nourrit. Dès les premiers mois de son existence, le bébé apprend à faire confiance à l’adulte, à se sentir en sécurité. Chez l’enfant qui ne réussit pas à tisser ce cordon ombilical invisible, que ce soit parce que personne n’a répondu à ses cris de détresse ou encore parce qu’il a été victime de traumatismes précoces et récurrents, la vie commence un peu moins bien. Tel un matelot qui ne fait plus confiance au capitaine du bateau, mais qui a tout de même besoin du capitaine pour survivre, il prend les commandes, de peur de faire naufrage. «Ne pas faire confiance aux adultes est une question de vie ou de mort pour un enfant présentant un trouble de l’attachement», a expliqué Johanne Lemieux à l’occasion du 3e Congrès du Comité québécois sur les jeunes en difficulté de comportement qui eu lieu récemment à l’Université. Travailleuse sociale réputée dans le domaine, Johanne Lemieux rencontre depuis des années des enfants ayant souffert de mauvais soins, de négligence ou tout simplement d’indifférence lors de leurs premiers pas dans la vie et qui crient leur mal de vivre par de la manipulation, de la violence et de l’indiscipline.

Un bon contenant
«L’enfant au moi insécurisé croit que nul ne peut le protéger des dangers sauf lui-même, dit Johanne Lemieux. Dans cet esprit, le besoin de contrôler la relation ou la situation l’emporte sur le besoin d’être félicité ou sur celui de la peur d’être puni, et ce, même s’il a autant besoin d’être valorisé et puni qu’un autre enfant. Mais pour lui, obéir veut dire se montrer faible et vulnérable face un adulte à qui il ne fait pas ou plus confiance.» Contrairement à ce qu’on croit, un enfant souffrant du trouble de l’attachement peut aimer et se laisser aimer, mais il est incapable de remettre sa vie entre les mains des adultes qui prennent soin de lui. Sa perception du monde souffre de distorsion. C’est tout le contraire pour un enfant qui sent qu’il est un être important et qu’il vaut la peine qu’on prenne soin de lui.

S’il croit que les adultes sont des gens à qui on peut généralement faire confiance, l’enfant développera un modèle d’attachement sécurisé, de souligner Johanne Lemieux. «Le vrai test de l’attachement, c’est lorsqu’un enfant se casse la figure ou fait une erreur, constate la travailleuse sociale. Il doit savoir que se montrer faible et vulnérable n’est pas dangereux et qu’on ne cessera pas de l’aimer pour autant.» Comment rassurer cet enfant pour qu’il puisse aller de l’avant? Selon Sonia Lechasseur, psychologue-experte dans le domaine et autre conférencière au Congrès, il est essentiel que l’adulte qui accompagne l’enfant en trouble de l’attachement en comprenne bien les symptômes et puisse les décortiquer «pour faire du sens dans le non-sens». «L’adulte, sa disponibilité, sa confiance et son attitude sont des éléments déterminants d’un traitement efficace, explique Sonia Lechasseur. L’adulte doit être un bon contenant pour contenir son enfant et lui ouvrir les portes de sa vie.»

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