Société

Sécurité internationale: la place des femmes

Les travaux de Janine Krieber sur la menace terroriste n’ont pas été étrangers à son parcours personnel

Par : Julie Bouchard
On n’a pas fini de le dire et, surtout, de le découvrir: le monde change. Et parfois, il change pour le mieux. Ainsi, les jeunes femmes abordent aujourd’hui les questions de sécurité internationale avec une assurance que leurs aînées leur envient sans doute, même si ce sont elles qui ont défriché un terrain qui, il n’y a pas si longtemps, était réservé aux hommes. Signe de cette heureuse évolution: la tenue récente de l’Atelier pour les femmes en sécurité internationale – 2e édition. Cet atelier, organisé par le programme Paix et sécurité internationales et l’Institut québécois des hautes études internationales, s’est déroulé du 8 au 10 mai.
   
Provenant de partout au pays, les participantes – en bonne partie des étudiantes - ont discuté d’opérations de paix, de gestion de la défense, de géopolitique ou d’approches critiques des relations internationales, entre autres. Conférencière d’honneur, Janine Krieber, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean, a terminé l’atelier en revenant sur son parcours professionnel qui, parce qu’il a débuté à une époque où les femmes devaient avant tout penser à se marier et à fonder une famille, a quelque chose d’exemplaire.
   
Fille d’ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale, mais surtout fille de militaire qui a souffert du syndrome post-traumatique, Janine Krieber s’est très tôt intéressée aux conflits armés, un peu par la force des choses. Intérêt qui la distinguait des autres filles de son époque qui n’auraient sans doute pas su répondre à la question qu’on lui posait souvent: «Comment une femme peut-être s’intéresser à des meurtriers?» Étonnante question qui a conduit Janine Krieber non pas à chercher une réponse, mais à en formuler d’autres: «Qu’est-ce qui motive un terroriste? Puise-t-il ses motivations dans son éducation, dans sa famille, dans son histoire personnelle ?» Elle a commencé ses recherches en prenant comme modèle les membres de la bande à Bader, qui sévissaient alors en Allemagne. Premières recherches qui ont permis à Janine Krieber d’élaborer un premier élément de réponse: «Il n’y a pas de motifs personnels qui conduisent à devenir un terroriste. Les motivations se trouvent ailleurs, dans une société, dans un discours social…», rappelle celle à qui on demande, depuis 30 ans, de définir le terrorisme.

Dans les têtes de Camus et Irving
À deux reprises lors de sa conférence, Janine Krieber a senti le besoin de faire appel à des écrivains. Elle s’est d’abord associée à Albert Camus, l’auteur de L’homme révolté, essai dont elle recommande la lecture à tous ceux et celles qui aimeraient mieux comprendre le passage à la violence. Puis, avant de s’avancer dans la définition du terrorisme, Janine Krieber a appelé à ses côtés John Irving, le citant de mémoire: «À l’exception des catastrophes naturelles, le statut de victime se choisit». Énoncé qui contredit l’idée du «civil innocent» comme seule victime de la guerre ou du terrorisme. Citant toujours John Irving, Janine Krieber ajoute: «Les hommes qui meurent dans les guerres sont aussi des victimes innocentes», comme l’ont été les pompiers qui se sont précipités dans les tours jumelles, le 11 septembre, et qui n’étaient que des civils. «Nous ne pouvons définir le terrorisme par la victime civile innocente, et j’espère que tout le monde oubliera cette définition», lance Janine Krieber, dont les propos sur une question aussi complexe mériteraient d’être plus longuement détaillés. Mais concluons sur l’essentiel: «Le terrorisme, c’est une tactique. Il faut donc le traiter comme une tactique et répondre par une tactique ou une stratégie», poursuit-elle. Et la meilleure tactique sera toujours celle qui restera… imprévisible.
   
Diplômée de l’Université Laval en 1979, Janine Krieber a obtenu un doctorat en science politique à l’Institut d’études politiques de Paris en 1992. Son enseignement au Collège militaire royal du Canada porte sur les méthodes quantitatives, la méthodologie de la recherche, les relations internationales, la stratégie militaire et la sociologie des conflits. Elle est membre de l’Institut québécois des hautes études internationales et a été représentante du Québec au sein de l’Association canadienne pour les études en renseignement et sécurité.

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