Société

Penser mieux

Des pédagogues du Manitoba ont suivi une formation sur la pratique de la philosophie avec les enfants offerte par l'Université

À Winnipeg, les participants de la formation sur la pratique de la philosophie avec les enfants prennent la pose sur l'emplacement de la cathédrale de Saint-Boniface, devant le Musée canadien pour les droits de la personne et le pont de l'Esplanade Riel.
«Le chat blanc, dans l'histoire que je viens de lire, s'il était noir, est-ce que cela ferait une différence? Oui? Non? Pourquoi?»

Samuel Nepton est inscrit au doctorat en philosophie de l'éducation. Il est aussi auxiliaire d'enseignement de troisième cycle à la Faculté de philosophie. Depuis quelques années, il travaille, à la Faculté, en étroite collaboration avec le professeur Michel Sasseville, responsable des programmes de formation en philosophie pour enfants. Du 1er au 5 avril, à Winnipeg, le doctorant a offert une formation intensive sur le sujet à une trentaine de leaders pédagogiques, notamment des conseillers pédagogiques du ministère de l'Éducation et de la Formation du Manitoba, section francophone. En février dernier, dans la même ville, en guise d'introduction à l'atelier, le professeur Sasseville avait prononcé une conférence sur le même thème. Il s'agissait alors du premier pas dans l'implantation de la philosophie pour enfants dans cette province.

«Un des buts de la formation était, pour les participants, de décider si la pratique de la philosophie avec les enfants offerte par l'Université Laval pouvait amener les jeunes francophones du Manitoba, qui vivent en milieu linguistique minoritaire, à mieux penser par et pour eux-mêmes, et ce, dans toutes les matières scolaires, explique Samuel Nepton. Le premier jour, les participants n'étaient pas tous convaincus du bien-fondé de la formation. À la fin, ils l'étaient tous. Ce fut une merveilleuse semaine.»

Selon lui, le plus grand ajustement effectué par le groupe portait sur le fait que l'enseignant, dans le cadre de la pratique de la philosophie avec les enfants, n'est plus là pour transmettre la matière. Il agit plutôt comme un animateur, il sert de guide. «L'enseignant, poursuit-il, pose des questions qui approfondissent. Les enfants adorent se faire poser des questions! Il leur demande de questionner ce qui est avancé. Il leur demande des raisons. Il propose des analogies, il fait réfléchir.»

La philosophie pour enfants existe depuis un demi-siècle. Elle est présente dans plus de 75 pays. L'approche préconisée à la Faculté de philosophie s'inspire des idées de Matthew Lipman. La philosophie pratiquée avec les enfants est souvent associée au développement cognitif des plus jeunes. Cette pratique permet de développer une multitude d'habiletés de penser, que l'on peut regrouper sous quatre catégories: raisonner, rechercher, conceptualiser et traduire. Puisque ces habiletés sont au fondement même de l'acte de penser, elles ont des répercussions partout à l'école et dans la vie hors de l'école. «Les conséquences dans la vie de tous les jours sont des enfants plus ouverts, qui pensent mieux et qui sont plus raisonnables, souligne Samuel Nepton. Ils sont mieux à même d'orienter leurs actions et de prendre de meilleures décisions.»

Dans son approche avec les enfants, le doctorant travaille trois types de pensées: la pensée critique, la pensée créative et la pensée attentive.

«Les enfants voient la philosophie comme un jeu, indique-t-il. Les séances commencent par un texte qui les rejoint, comme un extrait de livre de littérature jeunesse.»

Selon Samuel Nepton, on peut faire de la philosophie à partir de n'importe quel sujet. L'amitié, par exemple, peut amener la question «Qu'est-ce qu'un ami?» Les arts plastiques peuvent susciter des questionnements sur la beauté de telle couleur par rapport à telle autre.

Et les émotions? Sont-elles présentes dans la pratique de la philosophie avec les enfants? «Elles ont leur place, en dialogue avec la raison, répond l'étudiant. Cette pratique implique toute une gamme d'émotions, car on part de l'expérience de vie de l'enfant. L'humour, à lui seul, occupe une bonne place. Devant une nouvelle classe, je commence par demander à chacun et chacune de se présenter et de dire ce qu'ils aiment. Cela permet de créer des liens et de faire des blagues par la suite. Les émotions rendent la communication vivante.»

Au Manitoba, un peu plus de 6 000 élèves sont inscrits dans le Programme scolaire français. Le Programme scolaire d'immersion française attire, quant à lui, près de 24 000 élèves. Dans cette province, environ 3,2% de la population se dit francophone. Contrer l'assimilation à la langue anglaise représente un défi constant pour la communauté francophone et ses écoles. Évoluant en milieu linguistique minoritaire, un grand nombre d'élèves manquent de confiance lorsqu'ils parlent français en public. Dans ce contexte, participer à des discussions encadrées qui les amènent à réfléchir en s'exprimant en français peut être bénéfique aux enfants.

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