Société

L'homme qui rétrécit

Les nanotechnologies nous parlent de notre besoin d’absolu, en même temps que de nos craintes les plus profondes

Par : Renée Larochelle
Grâce à un microscope électronique à effet tunnel, IBM a créé cette oeuvre en disposant des atomes de monoxyde de carbone sur une surface de platine. En apparence anodine, cette oeuvre démontre que les nanotechnologies permettent maintenant la manipulation d'atomes.
Grâce à un microscope électronique à effet tunnel, IBM a créé cette oeuvre en disposant des atomes de monoxyde de carbone sur une surface de platine. En apparence anodine, cette oeuvre démontre que les nanotechnologies permettent maintenant la manipulation d'atomes.
En 1966 sortait en salle un film américain intitulé Le voyage fantastique. L’histoire racontait le périple d’une équipe de cinq médecins miniaturisés introduite dans le corps d’un éminent savant afin de détruire un caillot de sang logé dans son cerveau. L’opération réussira et c’est grâce à une larme déclenchée artificiellement dans l’œil du patient anesthésié que pourra ressortir le vaisseau transportant les médecins. Si nous nagions en pleine science-fiction à l’époque de la sortie du film, l’émergence et la percée des nanotechnologies risquent bien d’ouvrir des avenues, inimaginables il y a seulement 15 ans ou 20 ans, et le jour n’est pas si loin où on pourra déceler et détruire les cellules malades d’une personne en introduisant dans son organisme des nanoparticules. En effet, les nanotechnologies, qu’on peut définir par la recherche, le développement et la commercialisation de matériaux et de dispositifs à l'échelle du milliardième de mètre, représentent pour plusieurs scientifiques et chercheurs le nerf de la prochaine révolution technologique.

Des risques non calculés
Là où le bât blesse, c'est qu'autant on connaît l’énorme potentiel des nanotechnologies dans pratiquement tous les secteurs de l'économie, des sciences des matériaux à la biomédecine, en passant par les technologies de l'information et des communications, autant on en connaît peu ou pas les risques qui y sont associés. C’est cet aspect qu’ont souligné les participants au forum citoyen organisé le 31 mars par la Commission de l’éthique, de la science et de la technologie sur le thème «Éthique et nanotechnologies: se donner les moyens d’agir». Selon Bernard Keating, professeur d’éthique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, la réflexion éthique sur les nanotechnologies ne concerne pas uniquement les moyens utilisés mais également les fins. Les questions à se poser se résument donc à ceci: qui voulons-nous être individuellement et collectivement? Quel but donnons-nous à notre vie?
   
«Comme toute réflexion philosophique, l’éthique est habitée d’un soupçon quand il s’agit d’une nouvelle technologie qui changera la vie des personnes, a expliqué Bernard Keating. Il ne faut pas oublier que les nanotechnologies ne constituent pas un ensemble cohérent de technologies, mais qu’elles vont du pur gadget à l’innovation médicale la plus pertinente et la plus souhaitable. Le spectre est très large et c’est assez préoccupant.» Pour sa part, Olivier Clain, directeur du Département de sociologie, estime que fascination et peur à l'égard de la science vont désormais cohabiter à l’ère des nanotechnologies. «Auparavant fondée sur l’observation, l’hypothèse et le dialogue, la science a basculé vers tout autre chose au milieu du 20e siècle et a commencé à engendrer une certaine peur chez les scientifiques eux-mêmes, a affirmé Olivier Clain. Pensons à Einstein et à la construction de la première bombe atomique. Il était parfaitement effrayé des effets qui en ont résulté.»
   
Même son de cloche chez Sabrina Doyon, professeure au Département d’anthropologie. «L’être humain a toujours peur d’être dépassé par ses propres créations, dit-elle. Les nanotechnologies nous parlent de nous, de nos rapports sociaux, de notre peur profonde d’être conquis, de notre quête de sens et d’immortalité, en somme, de ce besoin constant d’être des alchimistes.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!