Société

L’égalité avant la réconciliation

Une discussion organisée par l’Association canadienne des Nations unies a permis d’en apprendre plus sur le processus de réconciliation

La Cour pénale internationale de La Haye

Viols systématiques, assassinats de masse, climat de terreur, enfances et cultures volées… Les formes de conflits à travers le monde varient, mais heureusement se terminent un jour. Vient alors le temps de la réconciliation. Une étape difficile à négocier selon les réflexions et exemples fournis par la journaliste Sophie Langlois et la professeure à la Faculté de droit et juriste internationale Fannie Lafontaine, lors de la discussion animée par la conseillère principale à la réconciliation et à l’éducation autochtone à l’Université Laval, Michèle Audette.

À première vue, l’Organisation des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée par les États en 1948, devraient s’imposer comme les meilleurs outils pour tisser à nouveau des liens entre des peuples ou des États longtemps opposés. Malheureusement, cette organisation n’a rien d’infaillible selon Sophie Langlois, citant les viols à répétition commis par les Casques bleus, notamment en République démocratique du Congo. Sans parler des manipulations électorales en Côte d’Ivoire. «J’ai personnellement constaté que le chef de la mission onusienne n’a pas été neutre lors des élections en décembre 2010, témoigne la journaliste internationale. Il a appuyé la victoire autoproclamée du camp Ouattara par le chef de la délégation des Nations unies, alors qu’il s’agissait d’une élection très serrée avec des accusations de fraude des deux côtés.»

La juriste Fannie Lafontaine (à gauche) et la journaliste internationale Sophie Langlois considèrent que la réconciliation après un conflit nécessite beaucoup d’étapes préalables.

La conférencière a des doutes également à propos de la Cour pénale internationale (CPI), l’autre instrument souvent cité pour aider à la réconciliation. Ainsi, le cas de l’ancien président soudanais Omar el-Bechir, accusé en 2008 par la CPI de génocide et de crime contre l’humanité au Darfour, ne s’est pas réglé devant la justice internationale, faute de preuves suffisantes. C’est finalement une série de manifestations qui le destitue 11 ans plus tard. «Les juristes eux-mêmes se demandent si de telles procédures attisent la violence ou au contraire permettent d’accéder à la paix», reconnaît Fannie Lafontaine.

Michèle Audette abonde dans le même sens. L’ex-commissaire à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a milité pour que le terme génocide fasse partie du rapport final. «La réconciliation passe par une reconnaissance des torts causés par le système colonial», insiste-t-elle. À l’entendre, la responsabilité de se rapprocher les uns des autres nécessite non seulement une décolonisation des organismes et des institutions, mais aussi une volonté des individus de se tendre mutuellement la main. Un souhait qui n’a rien de désincarné pour cette Innue native de Wabush, au Labrador. Elle se souvient que jusqu’aux années 1980, les Blancs ne se mêlaient pas aux autochtones dans le train qui les emmenait vers Sept-Îles.

Michèle Audette, conseillère en réconciliation et en éducation autochtone à l’Université Laval, espère que les institutions et les organisations du Canada adopteront des mesures pour inclure davantage d’autochtones dans leurs décisions.

Conscientes des injustices que subissent encore les autochtones au Canada, Sophie Langlois et Fannie Lafontaine appellent de leurs vœux la fin de la discrimination systémique. La juriste constate que l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que la dénonciation des violences policières à Val-d’Or ont déjà contribué à éveiller le public à cette réalité cachée. Il ne reste plus maintenant qu’à avancer ensemble en accomplissant un exercice de lucidité.

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