Société

Le temps presse

Les priorités des employeurs semblent de plus en plus en contradiction avec celles des couples et des familles

Par : Renée Larochelle
Avant le travail et la vie professionnelle, ce sont la vie de couple et la famille qui revêtent le plus d’importance chez les travailleurs au Québec. C’est ce que révèle une enquête téléphonique dirigée par Daniel Mercure, professeur au Département de sociologie, auprès de 1 000 Québécois en décembre 2006. Ainsi, 76,8 % des participants à ce sondage portant sur les valeurs associées au travail ont placé ces aspects au premier rang de leurs préoccupations, par rapport à 12, 5 % pour le travail et la vie professionnelle, 8,8 % pour les loisirs et 2 % pour les engagements politiques et communautaires. Chez les couples ayant au moins un enfant de 16 ans ou moins, le pourcentage grimpait à 91,7. Daniel Mercure a divulgué ces résultats lors d’une conférence organisée par le Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ), le 16 janvier, au pavillon Charles-De Koninck. Son exposé s’intitulait «Travail et famille au Québec: deux sphères de vie de plus en plus difficiles à concilier». 

Ainsi, dans le choix d’un emploi, un horaire de travail convenable est la priorité de 56 % des répondants, et ce, avant la stabilité et la sécurité d’emploi (54,5 %), une charge de travail raisonnable (47 %), les salaires et les avantages sociaux (41,4 %) et les possibilités de promotion (25,6 %). Selon Daniel Mercure, le fait que des horaires de travail convenables soient jugés un peu plus importants que la stabilité et la sécurité en emploi révèle l’ampleur des enjeux pour les travailleurs, en particulier pour les couples et les familles. «Si la question de l’harmonisation du temps est devenue un enjeu crucial pour les travailleurs, jusqu’à déterminer dans certains cas le choix d’un emploi, explique Daniel Mercure, les employeurs, eux, ont tendance à recruter du personnel selon des exigences faisant appel à une plus grande mobilisation des employés. Un véritable hiatus semble donc se dessiner entre les aspirations des travailleurs, qui valorisent de plus en plus la vie privée et familiale, et les exigences des employeurs, qui font face à un marché de plus en plus concurrentiel et qui doivent à cet égard accroître leur productivité.»

Tensions sociales en vue
Par ailleurs, les participants à l’enquête ont dit se sentir moralement engagés à accroître l’efficacité de leur entreprise dans une proportion de 89 %, accepteraient un travail peu intéressant plutôt que d’être au chômage (78,6 %) ou de nouvelles tâches peu liées à leur expérience ou à leur formation (76,3 %). Plus de 70 % adhèrent également à l’idée selon laquelle il pourrait être de leur responsabilité, et non celle de leur employeur, d’assurer la sécurité de leur emploi et de leur avenir professionnel. Par contre, seulement 45,8 % des répondants ont dit être prêts à travailler en dehors des heures normales de travail sans rémunération supplémentaire, et ce, même en cas de nécessité. Ce pourcentage baissait à 39,5 % chez les couples de 25 à 44 ans avec enfant.

«Tout indique que les pressions du travail sur la famille iront en s’accroissant, affirme Daniel Mercure. Certaines entreprises éprouvent déjà des difficultés à recruter le type de main-d’œuvre souhaité. Il est à prévoir que les tensions entre la vie hors du travail et la vie au travail ne se limiteront pas aux seules politiques des directions des ressources humaines des entreprises, mais qu’elles pourraient bien déborder du marché du travail et devenir un enjeu politique de première importance.»        

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