Société

Le néocapitalisme au banc des accusés

Le sociologue Antonio David Catanni vante les mérites de l’économie solidaire

Par : Yvon Larose
«Il faut maintenant aller au-delà de ce qui a été construit grâce au capitalisme en faisant la critique poussée des principes de ce système et en présentant une nouvelle idéologie, de nouvelles valeurs comme celles véhiculées par l’économie solidaire», affirme Antonio David Cattani, professeur titulaire de sociologie à l’Université fédérale du Rio Grande do Sul, à Porto Alegre, au Brésil. Le mercredi 11 octobre, il prononçait une conférence au pavillon Charles-De Koninck sur le thème: «L’ordre néolibéral et les alternatives en construction». L’économie solidaire regroupe des réalités comme la formule coopérative, le commerce équitable et les investissements éthiques. «Mon argument, poursuit Antonio David Cattani, est que le capitalisme, qui a joué un grand rôle dans l’histoire humaine, et qui a éveillé des capacités extraordinaires chez l’humain, est médiocre pour ces mêmes capacités. Un monde meilleur est possible. Je prône une prise de conscience élargie pour permettre de passer à un autre niveau de civilisation.»

Antonio David Cattani a insisté sur les différences idéologiques fondamentales entre le néocapitalisme et les nouvelles expérimentations sociales. «À l’individualisme, la concurrence et la croyance en la régulation des marchés, a-t-il dit, j’oppose des valeurs collectives qui sont notamment respectueuses de la nature et des différences culturelles, et surtout qui rétablissent la notion de complémentarité sociale.» Selon lui, l’économie solidaire donne de bons résultats. «Les réussites sont nombreuses, a-t-il indiqué. Le mouvement écologiste, notamment, a remporté d’importantes victoires dans le monde, y compris dans le tiers-monde.» Rappelant que les tentatives de création d’entreprises capitalistes échouent à 80 % dans les cinq premières années de leur existence, le conférencier a mentionné que, dans l’économie solidaire, environ 80 % des entreprises créées sont toujours vivantes après cinq ans.

L’irrationnalisme du capitalisme
Dans sa critique sociologique du capitalisme, Antonio David Cattani s’est attaqué à un des arguments clés des défenseurs de ce système: sa rationalité. «Pour un capitaliste, a-t-il expliqué, le monde tel qu’il existe correspond à la raison, à la vérité, un monde dans lequel le capitalisme est vu comme naturel et nécessaire. Donc, ce qui est différent leur apparaît irrationnel, faux, sans valeur, inutile. Pourtant, il existe un irrationnalisme du capitalisme.» Selon lui, l’hyperconsommation, le nombre croissant de produits jetables et l’obsolescence programmée des produits en sont des preuves. Le conférencier a également  mentionné les inégalités croissantes. «Aujourd’hui, a-t-il dit, 240 milliardaires ont un patrimoine et des revenus qui équivalent à ceux de deux milliards de personnes dans le monde.» Selon lui, le désastre planétaire nous guette. «La logique du turbo-capitalisme, a-t-il expliqué, nous conduit de manière accélérée à l’épuisement des ressources naturelles, de l’eau, de l’air.» Qualifiant le monde moderne d’oppressif et marqué par l’apathie, la servilité et le conformisme, Antonio David Cattani a affirmé que la volonté de dépassement existe toujours. Existe aussi le désir de vivre dans une société planétaire avec, comme principes majeurs de développement, la liberté et la fraternité. «Contrairement à ce que prétend la pensée utilitariste, a-t-il indiqué, les humains ne sont pas des monades autosuffisantes, hédonistes, régies par des calculs utilitaristes simplement économiques.»

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