Société

Le mot pour rire

Pour les artistes étrangers, l’humour est un formidable moyen d’intégration à la société québécoise

Par : Renée Larochelle
Né au Sénégal, Boucar Diouf est un digne représentant de cette nouvelle génération d'humoristes d'origine étrangère qui se démènent pour dérider les Québécois.
Né au Sénégal, Boucar Diouf est un digne représentant de cette nouvelle génération d'humoristes d'origine étrangère qui se démènent pour dérider les Québécois.
De 1995 à 2007, 95% des étudiants qui fréquentaient l’École nationale de l’humour à Montréal étaient des Québécois de souche. Depuis 2007, ce pourcentage est tombé à 65%. En somme, plus du tiers des étudiants proviennent d’ailleurs qu’au Québec, et rien n’indique que cette tendance ira en diminuant. Est-ce à dire que les humoristes qui nous feront rire dans le futur de seront de plus en plus «internationaux»?

Oui, répond à cette question Antonio Di Lalla, professeur à l’École nationale de l’humour. «Pour beaucoup de francophones d’Europe et des pays du Maghreb, la seule possibilité de faire carrière en français est de passer par notre école. Nous sommes un véritable pôle d’attraction. Sans compter que l’humour constitue aussi un formidable moyen d’intégration à la société québécoise.»

Antonio Di Lalla était conférencier, le 5 octobre, lors d’une rencontre organisée par la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CEFAN). Thème de l’exposé: «Le français, une langue d’humour!» Il était accompagné de Jean-Christophe Surette, un jeune Acadien diplômé en 2011 de l’École nationale de l’humour. 

«Avant d’arriver à Montréal, je ne connaissais du Québec que Louis-José Houde, a lancé en guise d’introduction le jeune humoriste, sans tenter de masquer son accent acadien à couper au couteau. Le Québec a une énorme résonance pour les francophones du Nouveau-Brunswick. Pour nous, c’est ici que ça se passe.»

Les humoristes migrants doivent s’assurer que le public à qui ils s’adressent les comprend bien. Il s’agit parfois d’un mot mal prononcé pour que le gag tombe complètement à plat. Cette crainte d’être mal compris serait d’ailleurs la bête noire de certains humoristes étrangers.

Ils sont pourtant nombreux à relever le défi. Qu’ont en commun les humoristes Boucar Diouf, Michel Mpambara et Nabila Ben Youssef? Poser la question, c’est y répondre. Tous viennent d’ailleurs et ont séduit le public d’ici, en grande partie à cause du regard neuf qu’ils portent sur le Québec et les Québécois. «En achetant des billets pour assister aux spectacles de ces artistes, les gens leur disent qu’ils les aiment et qu’ils les acceptent, en quelque sorte», estime Antonio Di Lalla.

Voilà pour la forme. Les Québécois étant assez larges d’esprit et formant plutôt un bon public, les thèmes susceptibles de les choquer sont rares. Tout est dans la manière d’aborder les choses. Ainsi, un humoriste – peu importe son lieu de naissance – courrait le risque de se mettre une partie de la salle à dos s’il affirmait qu’il devrait y avoir deux langues officielles au Québec, par exemple. 

De façon plus large, l’humour ne se pratique pas de la même manière au Québec et dans les autres pays de la francophonie. En France, les humoristes font leur spectacle sans trop interpeller le public, alors que c’est tout le contraire chez les humoristes québécois. «Ici, l’humoriste utilise le «on inclusif» afin d’embarquer toute la salle avec lui», conclut Antonio Di Lalla.     

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