Société

Le français, langue vivante

La francophonie a bien meilleur goût avec ses différences et ses variations, selon le président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon

Par : Renée Larochelle
La langue française est considérée comme tellement difficile à apprendre que d’aucuns pensent que sa maîtrise est réservée à une élite ou à quelques initiés. Ce n’est évidemment pas le cas, mais l’obsession de la faute d’orthographe et le refus de changer certaines règles grammaticales pour simplifier l’apprentissage et l’usage de la langue sont nuisibles à bien des égards, selon le président du Conseil supérieur de la langue française, Conrad Ouellon. En effet, les difficultés reliées à une bonne maîtrise du français écrit et oral pourraient bien inciter certaines personnes, francophones ou immigrantes, à se tourner vers l’anglais, réputé plus facile, sans compter qu’elle ouvre bien des portes. Pour éviter ce détournement, une réflexion sur le degré de tolérance quant à l’écart par rapport à la norme s’impose, estime Conrad Ouellon. En d’autres termes, cessons de voir la langue française comme une langue figée. Mieux: voyons en ses différentes variations nationales et régionales une valeur ajoutée, et son avenir dans la francophonie ne s’en portera que mieux.
   
Le 15 mai, à la chapelle du Musée de l’Amérique française, Conrad Ouellon a prononcé la dernière conférence d’une série de huit rencontres organisées par le Centre interdisciplinaire de recherches sur les activités langagières (CIRAL) sur le thème «400 ans de français au Québec. Un patrimoine façonné par l’histoire». Pour ce linguiste qui a enseigné durant plusieurs années au Département de langues, linguistique et traduction, les Québécois ne risquent pas non plus de se couper du reste de la francophonie en conservant leur accent ou leurs particularités lexicales ou phonétiques, comme on le laisse souvent entendre. «S’il n’y a pas eu d’éclatement au 19e siècle, alors que l’isolement du Québec par rapport à l’Europe francophone était à son comble, il est invraisemblable qu’une rupture linguistique puisse désormais avoir lieu étant donné que les occasions de rapprochement entre les différentes communautés francophones n’ont jamais été aussi nombreuses, a souligné le conférencier. La radio, l’Internet, la télévision, les voyages, le cinéma: tout concourt à cimenter les communautés francophones.»

Du piquant et de la saveur
Le noyau dur de la langue française demeurant le même qu’on soit Québécois, Français, Belge, Suisse ou Africain, chacune des sociétés francophones peut s’approprier pleinement sa langue, avec toutes les variations qui lui donnent du piquant et de la saveur, comme les régionalismes. «L’idée qu’il ne devrait y avoir qu’une stricte unité de la langue française, sans variation aucune, équivaut à faire croire qu’il y a unité de peuples, d’histoire et de culture dans tout le monde francophone, ce qui n’est pas le cas», soutient Conrad Ouellon. Par ailleurs, l’insécurité linguistique dont souffrent les Québécois et qui résulterait d’une représentation négative de leurs compétences linguistiques ne se vit pas qu’au Québec. Chez les Français, cette insécurité se traduirait par une dévalorisation du français par rapport à l’anglais, en tant qu’instrument d’expression culturelle et comme langue des affaires ou langue scientifique.
   
«Plus la langue perd de ses fonctions dans la vie de tous les jours, moins elle est utile et considérée comme importante sur le marché linguistique mondial, dit Conrad Ouellon. Il faut donc renforcer l’usage du français au travail, dans le sport et dans les affaires. En plus de sa fonction identitaire et culturelle, la langue possède aussi une fonction utilitaire. Ainsi, l’intérêt d’un nouvel arrivant au Québec à apprendre le français est d’abord utilitaire. La fonction identitaire résultera de son intégration à sa société d’accueil.»

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