Société

La mort dans tous ses états

Plusieurs professeurs de l’Université ont participé aux audiences parlementaires sur le droit de mourir dans la dignité

Par : Renée Larochelle
L’euthanasie est un sujet tellement sensible que les responsables de la Commission sur le droit de mourir dans la dignité en ont changé l’appellation sous la pression des experts qui présentaient leur mémoire aux audiences. En cours de route, la Commission a ainsi pris le nom de «Consultations particulières et auditions publiques relatives au mandat sur la question du droit de mourir dans la dignité». Professeur d’éthique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, Bernard Keating est de ceux qui trouvaient que le titre de la Commission prêtait à confusion et qu’elle laissait entendre que le respect de la dignité sous-entendait le droit à l’euthanasie. En effet, qui peut être contre le droit de mourir dans la dignité? Et d’abord, qu’est-ce que la dignité? «Pour les partisans de l’euthanasie, un des éléments inhérents à la dignité est le contrôle qu’on peut exercer sur sa vie, explique Bernard Keating en entrevue. Cela renvoie à des idéaux d’indépendance et au besoin de s’affranchir du rapport à l’autre, deux aspects propres à notre société nord-américaine. Dans d’autres parties du monde, comme l’Afrique, on ne connaît pas cette obsession.» Selon Bernard Keating, la demande d’euthanasie provient souvent des familles qui, au chevet du malade dont la souffrance est contrôlée, sont incapables de tolérer que la mort ne vienne pas au moment convenu. «Bien souvent, c’est la famille qui souhaite être libérée», dit-il.   

Définir les problèmes

Professeur au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence, Hubert Marcoux a aussi participé à ces audiences qui ont pris fin le 9 mars. «Il y a un courant favorable à la légalisation de l’euthanasie parmi la population, souligne le médecin. Mais derrière cette attitude, les gens ne font qu’exprimer leur peur de la souffrance et du prolongement de la vie à outrance.» Une image vient à l’esprit: celle de personnes très âgées vivant dans les centres, agitées de tremblements et souffrant d’incontinence, laissées à elles-mêmes, n’ayant pour seul horizon que cette mort qui ne vient pas. «On a raison de s’indigner de l’indignité mais en même temps, il faut tout mettre en œuvre pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées, dit Hubert Marcoux. Dans une vingtaine d’années, le vieillissement de la population va changer l’organisation sociale. Sans compter que notre système de santé est en crise. Cela dit, une réflexion en profondeur s’impose sur l’expérience de fin de vie des personnes qui sont très malades. Avant de trouver des moyens, il faudrait d’abord définir quels sont les problèmes.»

Solidarité et compassion
Faut-il légaliser l’euthanasie? Dans les rares pays ayant fait le grand saut, comme les Pays-Bas et la Belgique, on constate des dérapages qui se traduisent par des euthanasies pratiquées sans consentement, notamment sur des nouveaux-nés de néonatalogie, des patients comateux et des patients de psychogériatrie et de psychiatrie, a rappelé Danielle Blondeau, professeure à la Faculté des sciences infirmières. Les conséquences de la légalisation de l’euthanasie sont lourdes. Dans cette foulée, il est impératif d’éduquer non seulement la population, mais tous les professionnels de la santé sur les possibilités méconnues des soins palliatifs dont le but est d’améliorer la souffrance et la qualité de vie des patients. «Il faut savoir faire la distinction entre l’euthanasie, la cessation de traitement et le suicide assisté. On doit enfin garder à l’esprit les valeurs qui fondent notre système de santé et de services sociaux, soit la solidarité et la compassion.» Le mot de la fin revient à Joane Martel, professeure à l’École de service social qui salue le courage politique du gouvernement de tenir cette commission. «Le véritable terrain glissant dans cette affaire, c’est que la loi n’est pas claire, dit cette sociologue du droit. Actuellement, les tribunaux renvoient la balle aux gouvernements qui, à leur tour, s’en remettent aux tribunaux. Oui ou non, l’euthanasie est-elle une affaire de meurtre au premier degré? Avant toute chose, le droit pénal canadien doit avoir le courage de regarder les choses en face.»
       

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