Société

«Je tire, donc je suis»

Le syndrome John Wayne fait des victimes chez des jeunes hommes en quête d’identité

Foulard au cou, un sourire sarcastique sur les lèvres, un pistolet à la ceinture, toujours prêt à dégainer, l’acteur américain John Wayne (1907-1979) a longtemps représenté le mâle sûr de lui et de son bon droit, ne faisant plus qu’un avec son personnage. Avec son air de dire: «Que me voulez-vous au juste?», du sang sur sa chemise, John Wayne pousse les portes sans frapper, défend une idée, toujours la sienne, et celui qui se dresse sur son chemin n’a qu’à dire sa dernière prière. Trente ans après sa mort, John Wayne représente le modèle par excellence de l’Américain moderne et des centaines de sites lui sont consacrés sur Internet. Ce n’est pas pour rien que Gilles Tremblay, professeur à l’École de service social, parle du «syndrome John Wayne» quand il tente de comprendre ce qui conduit des adolescents et des jeunes hommes à adopter des comportements violents, comme ce fut le cas récemment à Virginia Tech, aux États-Unis.
   
«À chaque fusillade qui se produit sur un campus,  la même question revient: qu’est-ce qui peut pousser un individu à faire preuve de tant de violence?», rappelle Gilles Tremblay, qui donnait une conférence intitulée «Le syndrome John Wayne», le 18 avril au pavillon Alphonse-Desjardins. «J’aurais pu tout aussi bien prendre pour modèle le personnage de Rambo interprété par Sylvester Stallone ou encore le policier qui règle ses comptes avec les terroristes joué par Bruce Willis dans Piège de cristal, explique le chercheur, qui est membre du Centre de recherche et d’intervention en violence familiale et violence faite aux femmes (CRI-VIFF). Mais j’ai choisi John Wayne car il a gardé le même modèle tout au long de sa carrière.»

Croire aux garçons
Ayant mené des recherches sur la violence masculine, Gilles Tremblay en est arrivé à la conclusion que les garçons semblent intégrer leurs problèmes de comportement comme un aspect positif d’eux-mêmes. «On favorise l’autonomie chez le garçon tandis qu’on favorise l’attachement  chez la fille, dit-il. Or, l’attachement envers les personnes est très important dans l’enfance pour la suite des choses. L’autonomie acquise trop précocement maintient un sentiment d’insécurité durant toute la vie.» Selon le chercheur, «il faut croire aux garçons» et surtout, déconstruire les modèles de masculinité «virils» qui nous sont proposés et en adopter d’autres. Des exemples? Le biologiste et cinéaste Jean Lemire, qui a récemment réalisé une mission en Antarctique, et qui veut sensibiliser la population à la fragilité des écosystèmes ou encore Roméo Dallaire, ex commandant en chef de la Mission d’assistance des Nations unies au Rwanda, fervent défenseur des droits de l’homme. 

«Nous sommes loin du personnage de John Wayne pour qui tout est blanc et tout est noir, et qui ne laisse aucune place à la neutralité, a soutenu Gilles Tremblay. Souvenons-nous qu’au lendemain du 11 septembre, le président Bush a sommé les Américains de choisir leur camp. "Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous", a-t-il lancé. Il a agi de la même façon que John Wayne dans ses westerns, qui considérait que prendre sa revanche contre les personnes qu’il estimait l’avoir lésé était d’une importance capitale. Derrière tous ces comportements se profile une idée: "Je frappe, donc je suis".»

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