Société

Jamais sans mon char?

Sans aller jusqu’à rayer l'automobile de sa vie, on pourrait mettre la pédale douce sur ce symbole d’autonomie et d’indépendance

Par : Renée Larochelle
Branle-bas de combat en ce samedi matin de mars chez les Tremblay de Sainte-Foy, une famille de quatre personnes comptant deux ados et leurs parents. Alors que Maude, 15 ans, doit être au gymnase de la polyvalente de L’Ancienne-Lorette à 9 h pour jouer un match de basket-ball, Camille, sa soeur, a un tournoi de soccer à Beauport. Pendant que leur mère leur crie de se dépêcher et sort en trombe avant de démarrer la voiture, le téléphone sonne. C’est Florence, l’amie de Maude, qui habite à quelques rues de chez elle. Pourrait-on la prendre en passant? Merci. Et vroum!
   
Tirée de la vie d’une famille québécoise, cette scène illustre bien à quel point l’automobile est devenue indispensable dans nos vies. Pour la majorité des gens en effet, tout tourne autour de cette véritable reine du foyer, sans laquelle rien n’est possible, et ce, même si son utilisation coûte cher, même si l’autobus ne passe pas si loin de la maison, même si on devrait marcher pour sa santé, même si… Notre vie effrénée étant ce qu’elle est, les raisons pour rouler en voiture ne manquent pas. Soyons donc réalistes et contentons-nous donc d’une seule auto par ménage et non pas de deux ou même de trois, comme c’est parfois le cas. Au besoin, prenons de temps en temps les transports en commun pour nous déplacer. La planète ne s’en portera que mieux. C’est la conclusion à laquelle en sont venus les cinq chercheurs et chercheuses du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD) qui participaient au débat Participe Présent, le 10 mars au Musée de la civilisation, sur le thème «Jamais sans mon char».

Une bulle à soi
Mais enfin, se sont interrogés les panélistes, comment en sommes-nous arrivés à une utilisation si intense de l’automobile? Il y a d’abord toutes ces familles qui ont déménagé en banlieue parce qu’elles pouvaient accéder à la propriété à un moindre coût que si elles étaient restées en ville, a expliqué Paul Villeneuve, professeur à l’École supérieure d'aménagement du territoire et de développement régional. Marie-Hélène Vandersmissen, professeure au Département de géographie, croit pour sa part que l’automobile a aidé les femmes à acquérir une plus grande mobilité dans leurs déplacements et, donc, qu’elles ont profité de cette mobilité qui leur a donné accès à un plus grand nombre d’emplois. Malgré tout, a ajouté la géographe, les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes à utiliser le transport en commun. Andrée Fortin, professeure au Département de sociologie, a affirmé que les femmes retrouvaient dans leur voiture une espèce de bulle dans laquelle elle pouvait enfin respirer et avoir le contrôle de la radio à l’abri du chahut familial.
   
«L’automobile reste un fort symbole d’autonomie et d’indépendance, a souligné Andrée Fortin. D’ailleurs, pour un jeune, obtenir son permis de conduire représente un des derniers rites de passage à l’âge adulte. On facilite également le crédit à ceux qui veulent acheter une voiture. Enfin, tout cela est renforcé par la publicité, où on voit des familles se balader en voiture à la campagne et qui ne sont jamais coincées sur les autoroutes aux heures de pointe, contrairement à la vraie vie.» Un autre aspect à considérer est le fait que beaucoup de familles choisissent d’aller s’établir à 30 ou à 40 kilomètres de Québec, estimant que cet environnement est plus sain pour leurs enfants. Les enfants deviennent des ados dont aucun dans la famille ne fréquente la même école à cause de la diversité des programmes d’études proposés de nos jours, avec tous les problèmes de transport que cela suppose. On est loin de la petite famille où les jeunes marchaient pour se rendre à l’école du quartier. L’utilisation importante de l’automobile a toutefois des impacts sociaux et territoriaux importants, comme l’a souligné François Des Rosiers du Département de management. À preuve, tous ces mégas centres commerciaux qui se développent autour de Québec et qui ont pour clients des automobilistes. Ceux et celles qui y travaillent doivent également posséder une voiture, le transport en commun étant plutôt déficient dans ces lointaines contrées commerciales. Sans compter que ces centres entraînent la disparition des petits commerces de quartier. À quand remonte la dernière fois où vous avez acheté des clous ou des vis dans le voisinage?

Besoin d’une voiture
Loin d’avoir la tête dans les nuages, les cinq chercheurs du CRAD ont rappelé qu’il existait des éléments de solution réalistes à l'égard de l’utilisation de l’automobile. Outre la formule d’une seule automobile par ménage, on pense aussi au covoiturage, à des points intermodaux où les jeunes pourraient être laissés en toute sécurité en attendant que leurs parents viennent les chercher au retour de l’école, à la multiplication des couloirs rapides pour le transport en commun sur les autoroutes, à des autobus plus conviviaux qui feraient en sorte que les gens auraient davantage le goût de les emprunter. Mais il ne faut pas jouer à l’autruche, et composer avec la réalité. L’étalement urbain, le fonctionnement de la famille où, par exemple, un parent doit aller reconduire son petit dernier à la garderie avant de foncer au travail, font en sorte qu’il y aura toujours des gens qui auront besoin d’une voiture pour se déplacer. «Il faut redorer le blason du transport en commun, mais il faut aussi composer avec la réalité», a conclu Carole Després, professeure à l’École d’architecture.


 



               

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