Société

Haïti: une aide internationale positive

Un rapport d'évaluation d'Ottawa révèle que la coopération Canada-Haïti, entre 2006 et 2013, s'est traduite par des retombées positives, comme le prouve le projet AKOSAA

Par : Pascale Guéricolas
Formation sur la culture de l'arachide réalisée par les agronomes haïtiens de l'équipe du projet AKOSAA. Juin 2014.
Formation sur la culture de l'arachide réalisée par les agronomes haïtiens de l'équipe du projet AKOSAA. Juin 2014.
Souvent qualifiée de «République des ONG», en raison du nombre très élevé d'organismes d'aide qu'elle accueille, Haïti passe pour un pays éternellement assisté, dont les problèmes restent entiers aux yeux de ses détracteurs. Pourtant, une récente évaluation publiée par le ministère des Affaires mondiales du Canada, intitulée Évaluation de la coopération Canada-Haïti 2006-2013, vient battre en brèche certaines idées reçues.

Le Canada, qui est le deuxième plus important pays donateur après les États-Unis, avec près de 900 millions de dollars investis en Haïti depuis 2006, aurait contribué à diminuer le taux de mortalité infantile et la mortalité maternelle dans ce pays. Comment? Notamment, en formant des responsables médicaux et en fournissant un meilleur accès aux soins dans les zones rurales moins bien desservies.L'octroi de bourses, ainsi que le matériel scolaire et les repas fournis aux écoles ont favorisé également la scolarisation des enfants au primaire, qui est passée de 50%, en 2005, à 77%, en 2012.

La coopération canadienne est, de plus, très investie en matière de sécurité alimentaire. Le projet multidisciplinaire AKOSAA, par exemple, piloté par l'Université Laval, regroupe les secteurs de l'agriculture et de la nutrition. Mis en oeuvre en 2013 à une centaine de kilomètres au nord de la capitale haïtienne, dans la zone rurale entourant la ville de Saint-Marc, ce projet de coopération complexe et original est axé sur le développement agricole, le progrès économique, la santé nutritionnelle et la formation universitaire. Plus précisément, le projet AKOSAA vise à favoriser la formation de professionnels et à faire la promotion de méthodes agricoles innovantes. Il veille également à ce que les initiatives locales perdurent, une fois le projet terminé. Cinq facultés de l'Université Laval sont engagées dans ce projet: la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, la Faculté des lettres et des sciences humaines, la Faculté de médecine, la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique et la Faculté des sciences de l'administration. L'Université de Moncton ainsi que deux ONG de Québec, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) et le Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD), y participent également.

Pour Patrice Dion, professeur au Département de phytologie et directeur du projet, la force de l'initiative repose sur l'étroite collaboration avec les acteurs locaux, comme l'Université d'État d'Haïti, les ministères haïtiens de la Santé et de l'Agriculture, ainsi que les coopératives agricoles. «Il est très important pour nous de respecter nos partenaires et de nous assurer de leur participation avant d'aller de l'avant avec un projet, remarque-t-il. L'aide est d'autant plus efficace qu'elle répond à des problèmes aigus sur le terrain.»

Ensemble, ils s'attaquent notamment aux difficultés d'approvisionnement en semence des paysans haïtiens, en s'associant au Service National Semencier, qui est lié au ministère de l'Agriculture haïtien. À titre d'exemple, les agriculteurs ont mis sur pied une structure inspirée du modèle des Groupements de production artisanale de semences (GPAS), implantés par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). En parallèle, les professeurs de l'Université Laval partagent leurs connaissances avec leurs collègues haïtiens. Ils améliorent ainsi les variétés cultivées sur place et comprennent mieux le patrimoine alimentaire haïtien.

Dans le cadre des travaux du projet AKOSAA, des étudiants en agronomie de l'Université d'État d'Haïti réalisent des essais dans la région de Saint-Marc avec les agriculteurs. Ces derniers ont maintenant accès à une variété d'une légumineuse très appréciée, le niébé, plus précoce que la variété locale. Pour sa part, Patrice Dion leur a fait découvrir le soya edamame, des fèves vertes de soya riches en protéines, dont le rendement est supérieur à celui du haricot traditionnel.

La santé nutritionnelle fait également l'objet d'une attention particulière dans le projet AKOSAA. La Faculté de médecine de l'Université Laval a notamment appuyé la mise en place d'une semaine de stage en nutrition communautaire pour les étudiants haïtiens en médecine de l'Université d'État d'Haïti. Afin de se familiariser avec le dépistage de la malnutrition et les moyens de la contrer – un domaine dans lequel les médecins haïtiens sont généralement peu formés –, les jeunes stagiaires accompagnent dorénavant les agents de santé communautaire dans leur pratique quotidienne. Tout compte fait, l'initiative AKOSAA donne des résultats fort intéressants jusqu'à maintenant, et ses membres espèrent bien participer à d'autres initiatives au-delà de 2018, année qui marquera la fin de son financement.

Consultez l'article du Fil portant sur le lancement du projet AKOSAA.

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