Société

En mission de reconnaissance

Les femmes qui font carrière dans les organisations de développement international et d'action humanitaire doivent encore se battre contre certaines idées reçues

Par : Renée Larochelle
Shelley-Rose Hyppolite, professeure au Département de médecine sociale et préventive, discute avec deux élèves dans une école à Dorval, 4e section communale de Saint-Marc (Haïti), en février 2014.
Shelley-Rose Hyppolite, professeure au Département de médecine sociale et préventive, discute avec deux élèves dans une école à Dorval, 4e section communale de Saint-Marc (Haïti), en février 2014.
Les préjugés sont tenaces envers les femmes qui s'impliquent dans des programmes et des projets de développement à l'étranger, et ce, qu'elles soient médecins, responsables de projet ou administratrices. Parce qu'elles laissent souvent derrière elles un conjoint et des enfants durant quelques semaines ou quelques mois pour aider des gens en difficulté, on les accuse parfois de faire passer leur carrière avant leur famille. Quant aux hommes qui partent en mission, le jugement est beaucoup moins sévère ou négatif à leur égard: on valorise même leur choix, malgré leur statut de père de famille.

C'est ce qu'a affirmé Shelley-Rose Hyppolite, médecin volontaire à Médecins du monde Canada, en marge d'une table ronde sur la carrière des femmes dans les organisations de développement international et d'action humanitaire qui a eu lieu récemment. L'événement était organisé par Managers sans frontières et la Chaire de leadership en enseignement- Femmes et organisations. Professeure à la Faculté de médecine, Shelley-Rose Hyppolite s'est engagée dans plusieurs programmes et projets de développement et d'urgence, en Afrique de l'Ouest comme en Haïti. Au moment où le Fil l'a contactée, cette spécialiste de la santé publique, mère de deux enfants âgés de 8 et 10 ans, s'apprêtait à prendre une décision importante quant à une autre mission à l'étranger.

«Si nous, comme médecins, nous ne nous rendons pas dans les pays en difficulté pour aider les  gens, qui va le faire? Je me sens une responsabilité sociale d'y aller, dit Shelley-Rose Hyppolite. C'est difficile de laisser sa famille, oui, mais c'est encore plus difficile de ne pas le faire, surtout quand on connaît les besoins qu'il y a là-bas.» Questionnée sur l'égalité des hommes et des femmes au sein des organisations de développement international et de développement humanitaire, un important volet de cette table ronde, Shelley-Rose Hyppolite explique n'avoir jamais senti sur le terrain que le fait d'être une femme constituait un handicap, bien au contraire. Mais si les femmes sont majoritaires «sur le terrain» justement, les postes de haute direction dans ces organisations sont encore majoritairement occupés par des hommes.

Même constat pour Carlos Cano, chargé de cours à la Faculté des sciences de l'administration et coordonnateur de Managers sans frontières. Il a donné les résultats d'une étude réalisée en 2004 auprès de 46 organisations membres de Coordination SUD, un collectif qui regroupe et coordonne les actions de 103 organismes non gouvernementaux en France. Ainsi, les hommes représentaient 70% des membres élus aux conseils d'administration contre 30% de femmes. La disparité s'avérait encore plus forte aux échelons supérieurs, où 81% des postes étaient occupés par des personnes de sexe masculin. Depuis 10 ans, les choses tendent cependant à changer, d'indiquer Carlos Cano. En témoigne l'élection de  Joanne Liu, médecin de Montréal, comme présidente du Conseil international de l'organisation médico-humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF), en octobre 2013.

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