Société

Des travailleurs au régime

La retraite à l’abri de tout souci financier n’est pas à la portée de tout le monde

Par : Renée Larochelle
Le monde du travail a beau être en pleine évolution, une constante demeure: rien ne vaut un bon régime de retraite pour un employé qui a travaillé fort durant toute sa vie. Seulement, le régime de retraite confortable à l’abri des soucis financiers est une réalité de moins en moins accessible pour bien des personnes, à plus forte raison quand leur trajectoire professionnelle a été chaotique. C’est l’un des aspects de l’univers des travailleurs confrontés aux changements qu’examine Martine D’Amours, professeure au Département des relations industrielles, dans un article présenté dans le dernier numéro de la revue Relations industrielles. L’article porte sur la trajectoire de 22 travailleurs de 50 et plus qui ont perdu ou quitté leur emploi dans les années 1990 à cause de la récession économique et qui se sont ensuite trouvé un autre emploi, certains avec plus de succès que d’autres. L’enquête a eu lieu entre octobre 1999 et juillet 2000. L’analyse des entretiens a permis à la chercheuse de dégager trois profils d’individus: les préretraités, les travailleurs atypiques «compétitifs» et les travailleurs atypiques «vulnérables». Elle s’est intéressée aux conditions associées à chaque profil.
 
Un emploi instable
«Par rapport au travailleur typique dont la caractéristique principale est de travailler de façon permanente et à temps complet pour le même employeur, le travailleur atypique, lui, occupe un emploi à temps partiel, un emploi temporaire à temps partiel ou à temps complet ou encore un travail indépendant, explique Martine D’Amours. Pour tous les répondants, l’emploi atypique constituait un emploi instable, au sens où il n’assurait pas la sécurité à long terme.» Chez les participants préretraités, le faible revenu et l’absence de protection étaient contrebalancés, parfois totalement, parfois partiellement, par des revenus de retraite. En somme, le salaire de certains était plus élevé que lorsqu’ils occupaient un emploi typique. D’autres du même groupe gagnaient moins, mais la satisfaction qu’ils retiraient de leur emploi pourtant atypique était plus élevée que leurs emplois typiques antérieurs.

De leur côté, les travailleurs atypiques «compétitifs» avaient en commun d’être trop jeunes pour avoir accès à des revenus de retraite et ne pouvaient donc compter que sur leur revenu de travail pour vivre. Ne bénéficiant d’aucune sécurité d’emploi, ils exerçaient par contre des métiers très demandés: infirmière, machiniste-outilleur, designer industriel. Leurs compétences étaient hautement transférables sur le marché du travail, ce qui représentait leur unique sécurité. Le groupe le plus fragile était celui des atypiques «vulnérables». Comme dans le cas des «compétitifs», ils ne pouvaient compter que sur leur travail pour vivre. Leur vulnérabilité était associée à des métiers peu demandés et des compétences peu ou pas transférables. Leur nouvel emploi était associé à une grande instabilité et il leur arrivait de recourir à l’assurance emploi ou à l’assistance sociale. 

Que nous réservent les années à venir? «Les futurs travailleurs âgés seront plus scolarisés, mais ils auront des trajectoires professionnelles plus précaires que celles des générations d’après-guerre, surtout chez les femmes, affirme Martine D’Amours. Le développement des formes atypiques aura pour effet de faire diminuer le nombre de travailleurs ayant accès à des régimes de pension privés et à une pleine rente par les régimes publics en raison de la plus faible durée et du plus faible niveau de contribution et, compte tenu de la faible rémunération, à la capacité de se constituer une épargne personnelle en vue de la retraite.»
   

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