Société

Des romans qui en disent long

La Seconde Guerre mondiale a entraîné un désir d'émancipation chez les Canadiens français, qui transparaît jusque dans la littérature romanesque de l'époque

Par : Matthieu Dessureault
L'ouverture sur le monde engendrée par la Seconde Guerre mondiale a eu un effet considérable chez les Canadiens français. Il en va de même de la littérature qui rend compte des bouleversements que le conflit a entraîné dans la conscience populaire, explique Émilie Garneau dans son mémoire de maîtrise.
L'ouverture sur le monde engendrée par la Seconde Guerre mondiale a eu un effet considérable chez les Canadiens français. Il en va de même de la littérature qui rend compte des bouleversements que le conflit a entraîné dans la conscience populaire, explique Émilie Garneau dans son mémoire de maîtrise.
Qu'ont en commun Alexandre Chenevert, La fin des songes et Patience des justes? Nés de la plume de Gabrielle Roy, de Robert Élie et de Pierre de Grandpré dans les années 50, ces romans présentent une ouverture sur le monde propre à la période de l'après-guerre. Chacun à leur façon, les protagonistes de ces romans ont décidé de rompre avec le passé et ont choisi la voie de l'émancipation. C'est du moins l'idée défendue par Émilie Garneau, étudiante en études littéraires, dans son mémoire de maîtrise.

La Seconde Guerre mondiale, rappelons-le, a engendré de profonds bouleversements sociaux. Le conflit qui éclate en 1939 vient chambouler les mentalités. Coincés entre un mode de vie traditionnel et la modernité, les Canadiens français réalisent que le conservatisme brime leur liberté. En pleine quête existentielle, ils cherchent à donner un nouveau sens à leur vie. Cette idée, on la retrouve dans les romans de l'époque. «La littérature, par la liberté d'expression qu'elle permet, est parvenu à exprimer ce qui était socialement difficile à dire», avance Émilie Garneau.

D'un roman à l'autre, les protagonistes ont choisi de s'écarter de tout ce qui a contribué au retard de leur développement, que ce soit la religion, le passé ou même leur famille. «Même s'ils sont très différents, ces romans semblent proposer l'universel comme remède aux maux humains dont souffrent leurs personnages. Dans le roman d'Élie, l'universel passe par le dialogue, par la nécessité de cheminer avec les autres pour s'émanciper. Chez Gabrielle Roy, il passe plutôt par l'avènement d'une certaine compassion et d'une fraternité humaine, alors que, pour de Grandpré, l'universel semble être d'abord et avant tout synonyme de justice sociale», explique l'étudiante.

Son mémoire, qu'elle prépare sous la direction du professeur Jonathan Livernois, lui a valu la bourse d'excellence Denis-Saint-Jacques. Nommée en l'honneur du professeur bien connu, cette bourse est remise annuellement par le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ). D'un montant de 1 000$ pour le deuxième cycle et de 2 000$ pour le troisième cycle, elle vise à encourager les étudiants à terminer la rédaction de leur mémoire ou de leur thèse et à en faire le dépôt initial. Pour être admissible, le candidat doit être dirigé par un membre régulier du CRILCQ. «L'obtention de cette bourse signifie beaucoup pour moi. Elle valide, d'une part, la pertinence de ma recherche en elle-même, mais également au sein de la programmation du CRILCQ, en plus d'attester de la qualité de mon mémoire», se réjouit celle qui procédera au dépôt final d'ici la fin de l'été.

Par son projet de maîtrise, l'étudiante espère faire la lumière sur un aspect de l'histoire négligé par les chercheurs. «Je suis fascinée de constater à quel point la production littéraire de la décennie 1950 semble avoir été oubliée, alors que cette époque est cruciale dans l'histoire littéraire du Canada français. On y retrouve le bourgeonnement de ce qui deviendra quelques années plus tard les idées de contestation de la Révolution tranquille. La littérature des années 1950 témoigne des difficultés d'adaptation des Canadiens français aux bouleversements sociaux qui s'opèrent avec la guerre. Je considère qu'elle mérite grandement d'être analysée et d'avoir la place qui lui revient dans l'histoire littéraire», conclut-elle.

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