Société

À hauteur d'homme

La prise de décision éclairée passe par la connaissance de soi-même, estime l’ex-maire de Québec, Jean-Paul L’Allier

Par : Renée Larochelle
«En politique, le nombre de gérants d’estrades qui souhaitent décider à ta place ou qui n’arrêtent pas de donner leur opinion sur tout et sur rien est très élevé. Il y en a même qui se font élire à Ottawa comme député!» Le mot est de l’ancien maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, qui donnait une conférence le 23 novembre à l’Université, sur le thème «La prise de décision publique: improvisation ou planification?» Invité par le Centre d’analyse des politiques publiques de la Faculté des sciences sociales, celui qui fut à la tête de la Ville de Québec de 1989 à 2005 a souligné la nécessité, pour un décideur, de s’entourer de gens solides capables de donner l’heure juste à leur patron. «Il faut comprendre qu’on ne peut pas tout faire soi-même, a dit Jean-Paul L’Allier. D’où l’importance de pouvoir s’appuyer sur une bonne équipe de conseillers -  cinq ou six au maximum – qui possèdent tous des compétences différentes des tiennes. À ce moment-là, on a des yeux tout le tour de la tête, on sait exactement ce qui se passe et on possède toutes les données pour prendre la meilleure décision.»

Le pour et le contre
Durant les années où il a été ministre des Communications et ministre de la Fonction publique du Québec dans les années 1970, Jean-Paul L’Allier a eu comme chef Robert Bourassa, réputé pour sa lenteur à prendre des décisions. «Même si les médias le talonnaient, Bourassa annonçait ses décisions à son entourage à la toute veille de les rendre publiques, a raconté le conférencier. Tant qu’une décision n’est pas annoncée, on peut toujours changer d’idée. Une fois que c’est dit cependant, c’est dit, et on ne peut pas revenir en arrière sans en subir les conséquences. Pour cette raison, celui qui décide a entièrement le droit de prendre son temps, de se documenter sur la question, de peser le pour et le contre, afin de prendre la meilleure décision possible.» Et l’ex-maire de Québec de donner l’exemple d’une décision trop hâtive où le décideur a tiré plus vite que son ombre, en l’occurrence le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Claude Béchard, lorsqu’il a pris la décision de faire fermer les piscines de la Ville de Montréal cet été avant même que le rapport sur les piscines insalubres ne soit examiné. «Au début, on a dit bravo, voilà un politicien qui réagit promptement. Mais après coup, les gens se sont rendu compte que la décision avait été prise trop vite et qu’elle était complètement disproportionnée», a affirmé le conférencier.

Avouant «une certaine impulsivité» qui lui a déjà fait écrire des lettres assez aiguisées aux journalistes de certains médias écrits, sans qu’il les ait cependant toutes envoyées, Jean-Paul L’Allier considère que l’essentiel consiste à bien se connaître soi-même: «Lors des prises de décision, les valeurs que vous avez en tant que personne vont colorer vos décisions. Par exemple, si la protection de l’environnement et la culture sont importantes pour vous, vous saurez que vous ne pourrez jamais aller à l’encontre de ces valeurs.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!