Société

3 questions à Chantal Sauvageau

Sur la vaccination sur le papillome humain

Par : Pascale Guéricolas
Dès cette année, les garçons de 4e année qui fréquentent l’école primaire au Québec vont recevoir un vaccin contre le virus du papillome humain (VPH). Une vaccination qui s’ajoute à celle que reçoivent déjà les filles de 9 à 17 ans pour les protéger de ce virus. Médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec et enseignante agrégée à la Faculté de médecine, Chantal Sauvageau détaille les raisons de cette couverture vaccinale élargie.

On sait que le virus du papillome humain provoque environ 450 cancers chez les femmes annuellement. Pourquoi vacciner les garçons?

Chaque année, 250 cancers associés au VPH touchent les hommes. Dans leur cas, il s’agit surtout de cancers de la gorge, en particulier ceux de l’oropharynx, la partie centrale du pharynx, à l’arrière de la bouche. La présence de ce virus favorise aussi les cancers du pénis et de l’anus. À cela s’ajoutent 14 000 à 15 000 cas annuels de verrues génitales (ou condylomes, NDLR) au Québec. Cela reste une estimation, car il ne s’agit pas d’une maladie à déclaration obligatoire. Bien sûr, les condylomes, qui se développent chez l’homme autour du pénis ou autour des muqueuses, ainsi que sur la vulve et dans le vagin chez la femme, ne provoquent pas de décès. Par contre, le traitement à l’azote liquide pour les enlever est extrêmement douloureux. D’autant plus que certaines personnes ont des verrues étendues et doivent donc se faire soigner à plusieurs reprises. Le VPH peut se transmettre simplement par un contact peau à peau, même s’il n’y a pas de pénétration. Cela signifie donc que, même si le port du condom est toujours recommandé pour se protéger des infections transmissibles sexuellement, il n’est efficace qu’à 70% en cas de présence du VPH.

Une étude conduite par une équipe de l’Unité de recherche en santé des populations de l’Université Laval démontre qu’il serait plus efficace d’augmenter la couverture vaccinale des filles que de l’étendre aux garçons. Qu’en pensez-vous ?

Les résultats de cette équipe de recherche, avec laquelle nous collaborons, nous aident à formuler nos recommandations de vaccination ici, au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde. Le modèle mathématique, mis au point par cette équipe, dirigée par Marc Brisson, montre qu’on obtient de plus grands «bénéfices santé» en vaccinant les filles. Cependant, il faut prendre conscience que le Québec dispose d’un des programmes les plus étendus de vaccination, puisqu’il a été offert gratuitement, dès 2008, aux jeunes filles jusqu’à l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, 80% des jeunes Québécoises de 25 ans ou moins ont donc eu accès à une vaccination, ce qui favorise une protection indirecte pour les garçons. Par conséquent, les vacciner à leur tour ne procure pas davantage d’effets bénéfiques et coûte deux fois plus cher. D’un autre côté, si les garçons ne sont pas vaccinés, la santé publique laisse pour compte les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Elle ne protège pas non plus les hommes qui ont des relations avec des femmes non vaccinées ou venant de pays où cette vaccination est moins présente qu’ici. Vacciner les jeunes garçons à l’école permet donc de leur offrir l’équité au meilleur moment, soit avant le début de leur vie sexuelle.

Certains parents ont des réticences à autoriser une vaccination liée aux futures relations sexuelles de leur garçon, à un âge où ce sujet reste parfois tabou. Qu’en pensez-vous?

Le VPH touche tout le monde. Qu’il s’agisse des filles ou des garçons, le propos demeure le même, selon moi. Il s’agit d’une prévention primaire visant à éviter une infection ayant des conséquences graves, soit des cancers ou des verrues génitales. Certaines familles peuvent profiter de l’occasion, alors que les enfants de cet âge-là écoutent encore leurs parents, pour aborder les questions de santé sexuelle. Ils ont ainsi l’occasion de discuter d’infections transmises sexuellement, de grossesse, de protection. Si les parents ne sont pas encore prêts à aborder ces thèmes avec leurs enfants, ils peuvent quand même parler avec eux de la vaccination pour qu’ils en saisissent les enjeux. Le dépliant, offert avant de consentir à la vaccination, leur donne des outils pour discuter avec leur enfant. Au fond, le discours ressemble à celui sur l’hépatite B, l’autre vaccin donné en quatrième année. Quand le programme de vaccination a été mis en place, dans les années 1990, on se posait les mêmes questions sur la façon de parler avec les enfants de cette maladie, qui se transmet aussi par relations sexuelles. Aujourd’hui, ce n’est plus un enjeu.

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