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Si la tendance se maintient

Une recherche du politologue Jean Crête indique que les sondages effectués sur Internet seraient aussi fiables que ceux réalisés par téléphone

Par : Pascale Guéricolas
Le téléphone sonne chez Manon Tremblay, en pleine préparation de tarte aux pommes. Elle se félicite de ne pas avoir répondu quand elle constate que le numéro de téléphone sur son afficheur correspond à celui d’un sondeur. Ce scénario se répète de plus en plus ces dernières années. Les maisons de sondage peinent à constituer des échantillons significatifs de répondants par téléphone car les citoyens disposent d’outils technologiques pour filtrer les appels. Le sondage téléphonique, qui a longtemps constitué un standard en la matière, a donc de moins en moins la cote. Et les entreprises chargées de vérifier l’humeur des électeurs lorgnent désormais vers le Web.
   
Les études réalisées auprès des internautes soulèvent des questions en matière d’échantillon de population. Certains font valoir, par exemple, que les utilisateurs d’Internet étant plus jeunes que l’ensemble de la population, cela risque de tronquer les résultats. Jean Crête, professeur au Département de science politique de l’Université Laval et Laura Stephenson du Département de science politique de l'Université Western Ontario, ont voulu en avoir le cœur net. Ils ont comparé les résultats de deux sondages de Léger Marketing portant sur les intentions de vote aux élections provinciales de 2007, l’un réalisé par téléphone après de 1 003 personnes, l’autre en joignant 1 172 répondants sur le Web. Leur recherche a été soumise à la publication International Journal of Public Opinion Research.
   
Qu’elles soient interrogées par téléphone ou via Internet, les personnes répondaient à un questionnaire identique. Avec l’aide de l’Institut Technologies de l’information et Sociétés de l’Université Laval, les deux chercheurs ont pu vérifier la fiabilité de la méthode de cueillette de l’information utilisée pour le Web. Ils ont constaté que la qualité des deux sondages se ressemblait beaucoup. Autrement dit la probabilité pour qu’un électeur d’un niveau social X, se sentant plus ou moins intéressé par la politique, choisisse tel ou tel parti variait peu selon le mode d’interrogation des sondés.
  
«Le Web permet de revenir aux présentations d’image comme on pouvait le faire en sondage face à face, un moyen moins utilisé aujourd’hui en raison de son coût, constate Jean Crête. On a recours, par exemple, au dessin d’un thermomètre pour comprendre si les gens interrogés se sentent plus ou moins empathiques à l’égard d’un candidat. Avec cette méthode, les personnes se montrent davantage sincères que lors d’une question posée par téléphone.» Il semble donc logique que les sondages sur Internet deviennent la nouvelle norme dans l’avenir. Le téléphone reste toutefois pertinent pour rejoindre les citoyens. La preuve, les entreprises spécialisées utilisent les adresses courriels laissés par les sondés par téléphone pour constituer de grandes banques de noms. C’est ce qui leur permet de disposer  d’échantillons représentatifs de la population.

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