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Petite futée!

La mésange à tête noire emploie de remarquables stratégies énergétiques

Par : Jean Hamann
L’hiver cause de gros problèmes aux petits oiseaux, surtout lorsque le mercure se roule en boule dans les bas-fonds du thermomètre. Contrairement aux mammifères qui, pendant les mois d’automne, accumulent un coussin de graisses dans lequel ils puisent une fois la bise venue, les oiseaux eux doivent conserver leur ligne, à défaut de quoi les coûts énergétiques du vol deviennent prohibitifs et leur agilité, essentielle pour échapper aux crocs et aux serres de leurs prédateurs, en souffre.

Une étude menée au  Département des sciences du bois et de la forêt par l’étudiant-chercheur Yves Turcotte et par le professeur André Desrochers montre que le programme d’efficacité énergétique utilisé par une des courageuses espèces qui affrontent l’hiver québécois, la mésange à tête noire, a de quoi faire l’envie d’Hydro-Québec. «Chaque jour d’hiver, la mésange perd jusqu’à 20 % de son poids en brûlant des graisses, observe André Desrochers. Il faut des mois de régime à une personne pour en faire autant.»

Si la force des choses fait d’elle une grande consommatrice d’énergie, la mésange peut aussi se montrer économe: elle baisse son thermostat corporel de 10o C pendant la nuit. «Cette hypothermie, qui s’apparente à la torpeur, ne se retrouve que chez quelques rares espèces d’oiseaux dans le monde», commente le professeur. Autre particularité de la mésange, elle planque dans des caches de la nourriture qu’elle utilisera parfois quelques heures, parfois quelques mois plus tard. «À l’automne, elle peut ainsi stocker 90 % de la nourriture qu’elle trouve», signale-t-il.

Chaque jour d’hiver, la mésange doit donc résoudre un double problème: comment accumuler suffisamment de réserves pour survivre pendant la nuit – et peut-être plus longtemps advenant une tempête de neige ou de verglas – tout en maintenant un poids qui n’entrave pas son agilité et ses chances de survie? Sans compter le fait que ces oiseaux disposent seulement de quelques heures de clarté pour glaner leur pitance et que la nourriture disponible se fait plus rare à mesure que l’on s’enfonce dans l’hiver.

Pour percer ce mystère, Yves Turcotte a étudié les stratégies journalières d’engraissement chez cette espèce dans douze sites «sauvages» de la campagne du comté de Kamouraska et dans douze sites comparables où il avait pris soin de fournir des graines de tournesol et du suif à volonté à ses sujets d’études. Au fil des mois d’automne et d’hiver, les chercheurs ont mesuré le taux de gras des mésanges à différentes heures de la journée. Pendant la période clémente du début de l’hiver, les oiseaux des deux groupes gagnaient du poids à un rythme constant, du lever du soleil jusqu’à la tombée du jour. Lorsque l’hiver a vraiment frappé, les oiseaux qui bénéficiaient de l’approvisionnement en nourriture ont maintenu ce même profil d’engraissement, mais les mésanges des sites «sauvages» ont modifié le leur. «Elles engraissaient beaucoup plus rapidement pendant la deuxième moitié de la journée, minimisant ainsi les coûts associés à une masse trop élevée pendant la première moitié de la journée, sans pour autant compromettre leurs chances d’être suffisamment grasses avant la tombée de la nuit», rapporte Yves Turcotte.

Ce programme énergétique, patiemment rédigé par sélection naturelle, ne met pas forcément les mésanges à l’abri de l’inanition en raison de l’imprévisibilité des conditions du milieu. «On croit qu’il y a une certaine mortalité qui survient en hiver, en particulier chez les jeunes oiseaux qui sont moins efficaces que les plus expérimentés, signale André Desrochers. S’il est rare de trouver des oiseaux morts de froid en forêt, c’est que les autres animaux s’en nourrissent et que, dans le cas des mésanges, il faudrait les chercher dans les cavités des arbres où elles se réfugient pendant la nuit.»

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