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Où est passée l'eau de la rivière Yarmouk?

Une étude menée par des chercheurs de l'Université Laval éclaire un conflit opposant la Syrie et la Jordanie

La rivière Yarmouk est le principal affluent du fleuve Jourdain. En dépit d'accords bilatéraux entre la Jordanie, la Syrie et Israël, le débit annuel de cette rivière a chuté de 85% depuis 50 ans.
La rivière Yarmouk est le principal affluent du fleuve Jourdain. En dépit d'accords bilatéraux entre la Jordanie, la Syrie et Israël, le débit annuel de cette rivière a chuté de 85% depuis 50 ans.

La rivière Yarmouk, principal affluent du fleuve Jourdain, est un cours d'eau de 70 km qui est partagé par la Syrie, la Jordanie et Israël. En dépit d'accords bilatéraux signés entre ces pays, le débit annuel de cette rivière a chuté de 85% depuis 50 ans. Du côté jordanien, on accuse les Syriens d'avoir construit trop de barrages. Du côté syrien, on pointe un doigt accusateur en direction des changements climatiques.

Des chercheurs du Département de génie civil et de génie des eaux de l'Université Laval et leurs collaborateurs avancent une autre explication. En effet, dans une étude qui vient de paraître dans le Journal of Water Resources Planning and Management, ils démontrent que la réduction du débit de la rivière Yarmouk est principalement attribuable à un pompage excessif des eaux souterraines par les agriculteurs syriens.

Comme c'est souvent le cas lors de conflits touchant des cours d'eau transfrontaliers, chaque pays en cause est peu enclin à partager ses données hydriques avec son voisin, souligne le responsable de l'étude, Amaury Tilmant. Pour étudier le cas de la rivière Yarmouk, les chercheurs ont donc eu recours à des images et à des données satellitaires. Les informations hydrologiques et anthropiques qu'ils en ont tirées ont servi à alimenter le modèle qu'ils ont conçu pour étudier la dynamique des bassins hydriques.

Cette photo a été prise en 1939 alors que le débit annuel de la rivière Yarmouk était beaucoup plus élevé que maintenant.

Ce modèle tient compte de très nombreux facteurs: l'abondance des précipitations, l'évaporation, l'évapotranspiration par les plantes, le stockage dans la nappe phréatique, le stockage dans les réservoirs – il y a 20 barrages sur cette rivière –, les utilisations domestiques et industrielles et, enfin, les utilisations agricoles. «Pour la rivière Yarmouk, comme pour les autres cours d'eau des régions arides ou semi-arides, l'agriculture accapare environ 70% du volume d'eau utilisée», précise le professeur Tilmant.

Les analyses des chercheurs révèlent que:

  • La construction de barrages non prévus dans l'accord de 1987 a eu très peu de répercussions sur les changements observés dans le débit de la rivière;
  • Il y a effectivement eu une baisse de 36% des précipitations depuis l'an 2000, mais elle ne suffit pas à expliquer la réduction de débit;
  • La plus grande partie de la baisse est attribuable à un surpompage de la nappe phréatique par les agriculteurs syriens

«Les politiques agricoles adoptées par la Syrie ont favorisé un accroissement de l'utilisation des réserves d'eau souterraines, constate le professeur Tilmant. Par principe des vases communicants, l'apport de la nappe phréatique au débit de la rivière a diminué. Comme le pompage de la nappe phréatique ne faisait pas partie de l'entente de 1987, la Syrie estime qu'elle respecte l'accord.»


« Avec les outils de télédétection qui existent maintenant, il sera beaucoup plus difficile aux pays de cacher ce qu'ils font avec l'eau. »
Amaury Tilmant

Il n'existe pas de solution simple au partage de l'eau de la rivière Yarmouk, reconnaît le chercheur. «Il y a surexploitation des nappes phréatiques dans toute cette région du monde. Pour permettre leur recharge, il faudrait réduire la superficie des terres agricoles irriguées, se tourner vers des productions végétales moins exigeantes en eau et faire un usage plus efficace de l'eau. Comme la Syrie est aux prises avec une guerre civile, ses priorités sont ailleurs.»

Il y a tout de même une leçon à tirer de cette étude, conclut le chercheur. «Avec les outils de télédétection qui existent maintenant, il sera beaucoup plus difficile aux pays de cacher ce qu'ils font avec l'eau.»

L'étude est signée par Nicolas Avisse et Amaury Tilmant, de l'Université Laval, David Rosenberg, de l'Utah State University, et Samer Talozi, de la Jordan University of Science and Technology.

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