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Le poids des rêves

Deux conseils pour réussir un régime: avoir des attentes réalistes et ne pas faire rimer minceur avec bonheur

Par : Jean Hamann
Perdre du poids figure dans votre liste de résolutions pour 2008? Dans ce cas, mieux vaut avoir des objectifs très réalistes si vous ne voulez pas être déçu. Conseil évident, pensez-vous? Peut-être, mais une forte proportion de personnes qui entreprennent un régime amaigrissant caressent des espoirs démesurés, tant sur le plan des kilos qu’elles ont l’intention de perdre que du bonheur qu’elles espèrent retirer d’une silhouette plus mince, constate la professeure Simone Lemieux, du Département des sciences des aliments et de nutrition. La chercheuse appuie ses propos sur une étude qu’elle vient de publier avec Véronique Provencher, Hélène Gagnon (sciences des aliments et nutrition), Catherine Bégin, Sonia Boivin, Marie-Pierre Gagnon-Girouard (psychologie) et Angelo Tremblay (médecine sociale et préventive), dans l’International Journal of Obesity.
   
Cette équipe multifacultaire a demandé à 154 femmes qui entreprenaient un régime de définir leur poids de rêve (celui qu’elles aimeraient avoir si elles pouvaient choisir), leur poids heureux (celui qui leur permettrait de conclure au succès du régime), leur poids acceptable (celui avec lequel elles pourraient composer sans être satisfaites pour autant) et leur poids décevant (celui qu’elles assimileraient à un échec du régime). Les spécialistes estiment qu’un régime devrait viser une perte de poids variant de 5 à 10 % du poids initial. «C’est suffisant pour produire des bienfaits physiologiques significatifs sans enclencher les réactions de défense de l’organisme (baisse du métabolisme de base, augmentation de l’appétit, dépression) qui favorisent la reprise des kilos perdus», explique la professeure Lemieux.
   
Au début de l’étude, les participantes pesaient 81 kg en moyenne, de sorte que le poids final le plus optimiste qu’elles auraient dû viser se situait à 73 kg. Non seulement leur poids de rêve (61 kg), leur poids heureux (65 kg) et leur poids acceptable (68 kg) sont-ils tous inférieurs à l’objectif recommandé, mais ce sont les femmes qui avaient le plus de poids à perdre qui avaient les objectifs les plus ambitieux. Le poids décevant défini par les répondantes (74 kg) correspond à peu près à ce qu’aurait dû être leur objectif réaliste, une adéquation qui met la table à d’amères déceptions. Fait à noter, le poids de rêve de la plupart des femmes se situe juste sous la barre des 61 kg, plus ou moins quelques kilos selon leur grandeur. «En général, cet idéal correspond au plus petit poids que les participantes ont pesé une fois l’âge adulte atteint, observe Simone Lemieux. Atteindre ce poids correspond en quelque sorte à un retour au corps qu’elles associent à la jeunesse.»
   
Les chercheurs ont comparé les caractéristiques des participantes qui partageaient un même indice de masse corporelle (IMC) au début de l’étude, mais qui avaient choisi un IMC heureux différent. Celles qui avaient des attentes plus réalistes (un IMC heureux plus élevé) faisaient montre de plus de flexibilité quant aux restrictions alimentaires, elles étaient moins tenaillées par la faim et elles étaient moins insatisfaites de leur image corporelle. «Les femmes plus réalistes ont des caractéristiques psychologiques et des comportements alimentaires plus sains que celles qui ont un IMC heureux plus bas, et ces caractéristiques favorisent la réussite du régime», souligne la chercheuse. Les croyances selon lesquelles les chances de succès d’un régime sont plus grandes lorsqu’on déteste son image corporelle ou qu’on ne se permet aucun écart de conduite ne concordent pas avec les données.

Deux conseils
À la lumière de ces résultats, Simon Lemieux y va de deux conseils à l’intention des personnes qui veulent perdre du poids. D’abord, il importe d’avoir des objectifs très réalistes pour augmenter les chances de succès d’un régime. Évidemment, le réalisme peut constituer un boulet pour une personne de 100 kg qui veut améliorer son image et qui peut espérer, au mieux, peser 90 kg après plusieurs semaines de régime contraignant. «Il ne faut pas voir la perte de poids comme une finalité en soi, insiste la chercheuse. La personne qui suit un régime doit plutôt se concentrer sur les aspects positifs des changements qu’elle apporte à son alimentation et à son mode de vie ainsi que sur l’amélioration que la perte de poids produira sur sa santé.» À moyen terme, si elle parvient à stabiliser son poids, elle pourra envisager un nouveau régime.
   
Deuxième conseil, il ne faut pas espérer qu'une perte de poids produise des miracles. «Certaines personnes croient faussement qu’une fois plus minces, leur vie va être transformée pour le mieux. Elles vont trouver leur place dans la vie, mieux s’exprimer en public, avoir plus de succès au travail et en amour. Ces personnes risquent d’être déçues et de reprendre le poids perdu lorsqu’elles réaliseront que leurs attentes ne se concrétisent pas. Il y a des bienfaits associés à la perte de poids, mais il ne faudrait pas croire que minceur rime avec bonheur.»

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