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Hasard et certitude

Au poker, les bonnes cartes font les bons joueurs

Par : Jean Hamann
Il est certain que l’habilité d’un joueur explique en partie son succès au poker. Toutefois, il semble encore plus clair qu’un joueur est nettement plus habile lorsqu’il a de bonnes cartes dans son jeu! Voilà, en deux mots, ce qui se dégage d’une étude que les chercheurs Serge Sévigny, de la Faculté des sciences de l’éducation, et Robert Ladouceur, de l’École de psychologie, ont présenté le 1er juin à l’occasion du colloque «Les multiples facettes du jeu», organisé par le Centre québécois d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu.
   
Au moment où la popularité du poker atteint des sommets sur les chaînes de télé spécialisées et sur Internet, les deux chercheurs ont tenté de départager la part de l’habileté et du hasard dans l’issue d’une partie. Pour y arriver, ils ont invité à leur laboratoire 80 adeptes de poker en ligne qui s'adonnaient à ce jeu environ 10 fois par mois depuis près de deux ans en moyenne et qui s’estimaient «assez habiles» à la chose. Quarante-six pour cent d’entre eux jugeaient d’ailleurs que l’habileté constituait la clé du succès au poker alors que seulement 22 % l’attribuaient au hasard.
   
Par groupe de huit – il y a eu dix séances distinctes en tout -, les sujets s'affrontaient dans une partie de poker simulant le jeu tel qu’il se pratique sur Internet. Chaque joueur était placé isolément dans un local où, par l'intermédiaire d'un ordinateur, il affrontait ses adversaires autour d'une table de poker virtuelle (chaque local correspondait à une position à la table). «De cette façon, il nous était possible de contrôler les cartes distribuées au joueur qui occupait une position donnée», explique Serge Sévigny. En effet, un logiciel avait attribué au hasard une série de cartes à chaque position de sorte que les joueurs qui s’y succédaient d’une séance à l’autre disposaient toujours du même jeu. Comment ces différents joueurs allaient-ils se débrouiller avec les mêmes cartes?
   
Si le jeu ne fait pas foi de tout, il explique tout de même en bonne partie du succès des joueurs. Ainsi, les personnes qui occupaient la position 7 ont terminé en première place dans la moitié des séances et parmi les trois premiers dans toutes les séances. À l’opposé, les joueurs des positions 1 et 8 n’ont remporté aucune partie et ne sont jamais classés parmi les trois premiers. «À partir des résultats de cette étude-pilote, je peux prédire correctement dans 77 % des cas que les joueurs qui occupent les positions 2, 3 et 7 compteraient parmi les trois premiers s’il y avait d’autres séances, alors que ceux des positions 1, 4 et 8 n’en feraient pas partie dans 97 % des cas. Le jeu dont dispose chaque joueur semble faire une grosse différence. En fait, le rôle du hasard semble plus important que ne le croient les joueurs», résume le professeur Sévigny.
   
Ceci dit, le chercheur reconnaît que l’habileté peut influencer l’issue d’une partie de poker, surtout si l’écart entre joueurs est important. Cette habileté s’exprime de deux façons, précise-t-il. D’une part, les joueurs doivent savoir ajuster leur mise en fonction du jeu dont ils disposent. D’autre part, ils doivent être en mesure de décoder le comportement de leurs adversaires pour savoir quand ils bluffent tout en les leurrant sur leur propre jeu. «Cet élément est plus important lorsque les joueurs s’affrontent en personne plutôt que sur Internet, souligne-t-il. C’est pour cette raison qu’on ne peut transposer directement nos résultats au poker face-à-face. Il demeure toutefois qu’il faut avoir de bonnes cartes pour exprimer son habileté au poker. Avec du bon jeu, même un joueur  moyen peut faire des miracles.»

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