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Déménager ou rester là?

L'énergie dépensée à construire un nouveau nid ne semble pas hypothéquer le succès reproducteur chez la buse pattue

Par : Jean Hamann
 L'étudiante-chercheuse Andréanne Beardsell visite un nid de buse pattue installé sur un versant escarpé d'une montagne de l'île Bylot. L'aire d'étude est revisitée chaque année afin de déterminer si les buses réutilisent un nid ou en construisent un nouveau.
L'étudiante-chercheuse Andréanne Beardsell visite un nid de buse pattue installé sur un versant escarpé d'une montagne de l'île Bylot. L'aire d'étude est revisitée chaque année afin de déterminer si les buses réutilisent un nid ou en construisent un nouveau.
Vaut-il mieux se construire une maison neuve ou emménager dans une résidence déjà existante? Cette question, qui turlupine bien des ménages, se pose aussi chez les oiseaux. En effet, chez plusieurs espèces, certains couples réutilisent un nid existant plutôt que d’en construire un nouveau. Les économies de temps et d’énergie qu’ils réalisent ainsi leur permettent-elles de mieux se reproduire? Il semble que non, du moins pas chez la buse pattue, rapporte une équipe du Département de biologie et du Centre d’études nordiques dans un article du récent numéro de la revue The Auk.

Les chercheurs ont étudié cette question chez des buses pattues qui se reproduisent sur l'île Bylot dans l'Arctique canadien. Cette espèce prédatrice, qui se nourrit principalement de lemmings, construit généralement son nid sur des escarpements rocheux ou des promontoires surplombant la toundra. «On considère généralement que c’est une espèce monogame, qui se reproduit avec le même partenaire pendant plusieurs années, explique le responsable de l’étude, Gilles Gauthier. On croit également que les couples sont fidèles au site, c’est-à-dire qu’ils reviennent nicher sur le même territoire année après année. Il est donc possible qu'ils réutilisent un nid qu'ils ont construit précédemment.» Le nid de la buse pattue fait de 60 à 90 cm de diamètre et jusqu’à 20 cm de hauteur. Il est fabriqué à l’aide des branches des saules qui poussent à ces latitudes. «On ne sait pas combien de temps il leur faut pour construire un nouveau nid, mais on devine que c’est sûrement beaucoup de travail», ajoute-t-il.

Entre 2009 et 2015, les chercheurs ont inventorié tous les nids de buse pattue retrouvés sur une aire de 500 km2, ils ont dressé les caractéristiques physiques de ces sites de nidification et ils ont mesuré le succès reproducteur des couples qui les occupaient. Environ le quart des 87 sites de nidification répertoriés étaient occupés par des couples qui réutilisaient un nid. Les analyses des chercheurs n’ont révélé aucune différence entre le nombre d'œufs pondus et la date d'éclosion de ces oiseaux et ceux des couples qui avaient construit un nouveau nid. «À court terme, la construction d'un nouveau nid ne semble donc pas entraîner de coûts reproducteurs», constate Gilles Gauthier. Par contre, les couples qui construisent un nouveau nid sur un territoire qui n’était pas occupé auparavant ont un succès reproducteur inférieur. «Il est possible qu’une forte proportion de ces oiseaux soient plus jeunes et moins expérimentés ou que ces territoires soient de moins bonne qualité», avance le chercheur.

La reproduction de la buse pattue fait l’objet de beaucoup de spéculations, en raison notamment de l’inaccessibilité des sites où l’espèce niche et de la difficulté de capturer des individus pour les marquer. «Sur l'île Bylot, certains nids sont installés dans des sites tellement escarpés qu'il faut un hélicoptère pour les étudier», précise Gilles Gauthier. Toutefois, plusieurs questions pourraient être élucidées au cours des prochaines années étant donné que son équipe est parvenue à installer des appareils de positionnement sur quelques buses. Ces appareils enregistrent à intervalles réguliers la position GPS des oiseaux. Les chercheurs pourront donc savoir à quel moment les buses arrivent au site de nidification. Ils pourront suivre leurs déplacements pendant la saison de reproduction et ils pourront déterminer si ce sont bien les mêmes oiseaux qui réutilisent un territoire et un nid donnés. «Les données GPS enregistrées dans l'appareil nous seront transmises pendant les migrations, lorsque les oiseaux entreront dans des régions desservies par téléphonie cellulaire», précise le chercheur.

L’étude parue dans The Auk est signée par Andréanne Beardsell et Gilles Gauthier, du Département de biologie et du Centre d’études nordiques, Jean-François Therrien, du Hawk Mountain Sanctuary en Pennsylvanie, et Joël Bêty, de l’UQAR.

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