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De Québec à Silicon Valley

Une invention de Tigran Galstian, professeur au Département de physique et de génie physique, pourrait se retrouver dans votre prochain cellulaire

Par : Jean Hamann
Tigran Galstian: «Le siège social de la compagnie est à Mountain View en Californie, mais nous avons convenu qu'il serait souhaitable que la R&D de la compagnie reste à Québec».
Tigran Galstian: «Le siège social de la compagnie est à Mountain View en Californie, mais nous avons convenu qu'il serait souhaitable que la R&D de la compagnie reste à Québec».
Une lentille dotée d'un système autofocus sans pièces mobiles, développée il y a cinq ans par des chercheurs du Centre d'optique, photonique et laser (COPL), est sur le point de faire son entrée sur le marché. Le 4 février, LensVector, la compagnie américaine à qui l'Université a accordé une licence d'exploitation pour cette invention, annonçait que son produit avait suscité un tel intérêt auprès des investisseurs qu'elle disposait maintenant de 53 M$ pour poursuivre son développement. «LensVector a fourni des prototypes à des entreprises qui fabriquent des appareils photo pour téléphones cellulaires. Elles testent présentement la lentille sur leurs produits et les commandes pourraient suivre sous peu», avance Tigran Galstian, professeur au Département de physique et de génie physique et également chef du développement technologique chez LensVector.
  
En 2005, le professeur Galstian et Vladimir Presnyakov annonçaient dans le Journal of Applied Physics qu'ils étaient parvenus à fabriquer une lentille plate, cinq fois plus mince qu'une feuille de papier, sans pièces mobiles. Pour y arriver, ils ajoutent une faible quantité de monomères photosensibles à une cellule contenant des cristaux liquides. En appliquant une tension électrique à l'ensemble, ils modifient l'organisation de ces molécules, ce qui change l'indice de réfraction du milieu. La cellule se comporte alors comme une lentille qui peut faire une mise au point automatique et zoomer si on modifie l’intensité du courant électrique appliqué. «La réponse est très rapide (quelques millisecondes) et tout se fait sans mouvements mécaniques et sans bruit», souligne Tigran Galstian.
   
C'est par l'entremise d'un communiqué de presse de l'Université, repris par Canadian Press, que Thomas Killick, un homme d'affaires américain spécialisé dans les appareils photo pour cellulaires, a eu vent de cette découverte, signale le professeur Galstian. Des discussions s'amorcent alors entre les deux hommes et les responsables du Vice-rectorat à la recherche et, quelques mois plus tard, LensVector voit le jour et obtient la licence d'exploitation pour cette lentille. «Le siège social de la compagnie est à Mountain View en Californie, mais nous avons convenu qu'il serait souhaitable que la R&D de la compagnie reste à Québec», souligne le professeur Galstian, qui a fondé TLCL Recherche Optique à cette fin. La jeune entreprise, qui loue des locaux dans le pavillon d'Optique-photonique, emploie maintenant une quinzaine de personnes, dont plusieurs anciens étudiants-chercheurs et stagiaires postdoctoraux du COPL.
   
L'équipe de TLCL a travaillé de concert avec les ingénieurs de LensVector pour faire passer la lentille optoélectrique du labo à la chaîne de montage. «Ils nous ont initiés à une approche de production (wafer scale production) qui permet la fabrication optimale de milliers de lentilles à la fois. C'est une expertise extraordinaire que j'enseigne maintenant à mes étudiants et qui pourra nous servir à l'avenir pour d'autres projets», souligne le chercheur.

En 2009, plus de 800 millions de cellulaires munis d'appareil photo ont été produits dans le monde. Selon les projections de iSuppli, ce chiffre dépassera le milliard en 2010. «Notre lentille est de bien meilleure qualité que celles dont sont  présentement équipés ces téléphones, estime Tigran Galstian. Dans sa forme actuelle, elle peut faire l'autofocus et d'ici un à trois ans, elle pourra aussi zoomer.» Les retombées économiques de l'entente avec LensVector pourraient être considérables, mais le professeur n'envisage pas de changement de carrière pour autant. «J'apprécie trop la liberté qu'offre la recherche universitaire. Cette liberté est essentielle pour favoriser l'émergence de nouvelles idées.»

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