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Clé de sols

Jean Caron, lauréat du prix J.-Armand-Bombardier 2007, mène de front une gamme de projets le forçant à garder les pieds bien ancrés aux substrats

Par : Jean Hamann
Jean Caron a huit brevets en poche et plusieurs projets en préparation, notamment la construction d'un important complexe de serres haute performance.
Jean Caron a huit brevets en poche et plusieurs projets en préparation, notamment la construction d'un important complexe de serres haute performance.
Heureux, ému et flatté. Voilà en trois mots ce qu'a ressenti Jean Caron, professeur au Département des sols et de génie agroalimentaire, lorsqu'il a appris que l'Association francophone pour le savoir (Acfas) lui attribuait le prix J.-Armand-Bombardier pour l'année 2007. Créé en 1980, en l'honneur de J.-Armand Bombardier, inventeur de génie et fondateur de la compagnie du même nom, ce prix lui a été remis le 11 octobre à Montréal pour souligner sa remarquable contribution à l'innovation technologique québécoise. «C'est un grand honneur que mon nom soit associé, par l'intermédiaire de ce prix, à l'inventeur le plus célèbre du Québec», avoue le chercheur.
   
Le moins que l'on puisse dire est que Jean Caron a des intérêts de recherche hétéroclites. Ses projets portent sur les technologies de culture, la production de plants forestiers et de tomates, l'amélioration végétale et même l'électro-déshydratation des boues d'eaux usées. Il est aussi à la tête d'un important projet de complexes de serres haute performance (15 M$), qui seront situées sur le campus de l'Université et à l'Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe. «Il y a 35 chercheurs qui utiliseront ces installations, précise-t-il. Il faut les écouter, décider et orchestrer les travaux.» Le dénominateur commun de tous ses projets? «Les substrats», répond sans ambages le chercheur titulaire d'un doctorat en physique des sols et de deux postdoctorats sur les mouvements de l'eau et des gaz dans le sol.

Des retombées importantes
Âgé de 47 ans, Jean Caron détient déjà huit brevets d'invention - il en a deux autres en préparation – et ses découvertes ne sont pas restées sur les tablettes. Parmi celles-ci, mentionnons un matelas capillaire multicouche qui emmagasine l'eau de pluie ou d'arrosage, prévient son évaporation et la distribue uniformément aux plantes en pot sous lesquelles il est placé. Mis au point avec la collaboration de ses anciens étudiants Jocelyn Boudreau et Pierre Tardif, ce matelas, commercialisé sous le nom d'Aquamat, a remporté de nombreux prix dont celui du produit de l'année, attribué par l'Irrigation Association, une organisation internationale préoccupée par la conservation de l'eau et son utilisation rationnelle. Comparé aux systèmes conventionnels, Aquamat réduit de 60 % la consommation d'eau tout en accélérant de 35 % la croissance des plantes. Les travaux de recherche fondamentale de Jean Caron ont aussi conduit à la réingénierie des substrats de culture utilisés en serres et en pépinières. «Il a fallu plusieurs années de recherche pour arriver à démontrer aux producteurs que leurs substrats manquaient d'air. Les nouveaux critères de diffusion des gaz que nous avons définis leur permettent de fabriquer de meilleurs substrats tout en réduisant leurs coûts de production.»
   
Avec Jocelyn Boudreau, le chercheur a aussi mis au point une sonde qui, installée dans le sol, mesure la disponibilité de l'eau pour les plantes. Les deux chercheurs ont conçu un système d'irrigation automatisé qui fait appel à cette sonde. Lorsque le taux d'humidité du sol est trop bas, un logiciel commande l'activation automatique de valves d'arrosage. Pour commercialiser ces produits qui diminuent la consommation d'eau, accroissent la production végétale et réduisent les coûts de main-d'œuvre, les deux collaborateurs ont créé la compagnie Hortau. En vertu d'une entente avec l'Université, Jean Caron consacre environ 10 heures par semaine à cette entreprise. «Je suis en position de constater que les compagnies ont de grands avantages à s'associer aux universités, affirme le professeur-entrepreneur. Les universitaires aussi y trouvent leur compte. Tout le monde y gagne, surtout dans un domaine comme celui des systèmes de contrôle d'irrigation où les grandes compagnies sont américaines.»
   
Même s'il consacre une partie de son temps à Hortau, Jean Caron demeure fondamentalement un universitaire. «J'arrive au bureau à 7 h chaque matin, je mets une petite musique douce et je lis ou j'écris des articles scientifiques jusqu'à 9 h. Ce temps où je me retrouve seul pour rêver et pour créer sont les meilleurs moments de ma journée», dit-il. Il apprécie également les moments où il se réunit avec ses étudiants pour discuter des derniers résultats qu'ils ont obtenus. «Dans de pareils moments, la recherche universitaire a quelque chose de grisant.»

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