Chroniques

Trois questions à Philippe Grégoire

Sur les dangers que représente pour la zone euro la crise des finances publiques en Grèce

Aux prises avec un endettement très important, la Grèce a annoncé un plan d’austérité sévère pour sortir ses finances publiques du rouge. Une situation qui inquiète beaucoup les 27 pays membres de l’Union européenne qui craignent que d’autres pays endettés comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne plongent à leur tour. Selon Philippe Grégoire, professeur au Département de finance et assurance, le gouvernement grec doit retrouver la confiance des investisseurs pour éviter que la crise s’étende.

Q  En l’espace de quelques jours, les représentants des 27 pays de l’Union européenne ont tenu plusieurs réunions à Bruxelles pour discuter de la situation en Grèce. Pourquoi une telle inquiétude?

R  Le PIB de la Grèce représente seulement 2 à 3 % du PIB de l’Union européenne. Économiquement, cela n’a pas de conséquences sur l’euro. Par contre, on craint l’effet boule de neige de la crise grecque sur des pays surendettés comme l’Irlande ou l’Espagne. L’automne dernier, avant les élections, la Grèce avait un déficit planifié qui, en théorie, devait représenter 5 à 6 % du PIB. Les chiffres ont ensuite été révisés à 12 ou 13 %, car certaines dettes avaient été cachées. Le marché des obligations n’a pas aimé et, par le fait même, le coût de la dette a grimpé en flèche. En effet, lorsque ceux qui ont des obligations les vendent parce qu’ils n’ont plus confiance, les taux montent. Au Québec par exemple, simplement le coût du service de la dette représente 10 % des revenus du gouvernement, ce qui est gigantesque, alors que les taux d’intérêt sont historiquement très bas. Pour la Grèce, cela pourrait devenir presque impossible de payer les intérêts de la dette. Cela voudrait peut-être dire que lorsque le pays va émettre une nouvelle dette dans les prochains mois, il ne trouvera peut-être pas d’acheteurs pour ces futures obligations, qu’il s’agisse des banques, des investisseurs étrangers ou des institutions financières. La Grèce serait alors en défaut de paiement sur sa dette, une position très humiliante pour l’Europe, et qui pourrait symboliser l’échec de l’union monétaire européenne.

Q  Peut-on établir un parallèle entre les difficultés financières du gouvernement grec et le récent effondrement du marché immobilier nord-américain?

R  Au fond, c’est un peu le même phénomène. Ici, les taux d’intérêt très bas pendant longtemps ont fait croire aux institutions financières qu’on pouvait prêter à n’importe qui, car de toute façon l’économie continuerait à être en croissance pendant longtemps. Au début des années 2000, lorsque les Grecs ont adopté l’euro, une monnaie qui a la confiance des investisseurs internationaux, la dette publique représentait 100 % du  PIB du pays, contre environ 65 % du PIB au Canada. Les Grecs ont donc bénéficié du bon crédit de pays solides comme l’Allemagne ou la France. D’un point de vue politique, pourquoi alors faire des efforts pour payer la dette et payer du capital alors qu’on peut se faire réélire en réempruntant grâce aux taux d’intérêt très bas que permettait l’euro? De la même façon, les emprunteurs américains ont bénéficié eux aussi des avantages que procure une monnaie de confiance comme le dollar en obtenant facilement du crédit.

Q  La Grèce tente d’assainir ses finances en mettant en place un plan d’austérité. Quel est le danger si elle échoue?

R  Ce qui se passe là-bas est extrêmement grave. Un défaut de paiement pourrait plonger tous les pays du monde dans une autre récession. Si les obligations gouvernementales font défaut, on tombe dans un univers hautement incertain. Depuis quelques années, les devises sont très volatiles, ce qui nuit aux échanges et à la croissance. Les entreprises hésitent à investir à l’étranger si elles ont de la difficulté à prévoir les taux de change. La situation en Grèce pourrait accroître la volatilité de l’euro par rapport au dollar et provoquer à plus long terme une crise de confiance dans la monnaie si les investisseurs doutent de la capacité du gouvernement à payer ses dettes.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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