Arts

Moi, mes souliers

L’installation d’Ingrid Bachmann, Symphony for 54 shoes (Distant Echoes), donne à voir et à entendre à la Galerie des arts visuels

Par : Pascale Guéricolas
À quelques pas de la Galerie des arts visuels, un étrange cliquètement résonne. Tic-tac, puis tic-tic-tic ou encore toc-toc-tic peut-on entendre en tendant l’oreille. Cet enchaînement de rythmes métalliques, apparemment sans lien entre eux, ne ressemble à aucune sonorité de machines connues. Une fois en face de l’installation d’Ingrid Bachmann, Symphony for 54 shoes (Distant Echoes), présentée jusqu’au 14 décembre en collaboration avec la Bande vidée et Vidéaste recherché, le mystère s’éclaircit. Le bruit provient de nombreuses paires de chaussures alignées, toutes reliées à un censeur et à un ressort. Le censeur envoie un signal électrique à la chaussure au-dessus qui, en retour, cogne sur le ressort, produisant un son différent selon le poids et la texture de chacune. Lorsque plusieurs chaussures se laissent aller à taper du pied sur des tempos différents, cela produit une variété de rythmes aléatoires .
   
Un sourire sur les lèvres, Ingrid Bachmann, la conceptrice de cette symphonie particulière, se promène devant les souliers usagés dénichés à l’Armée du Salut ou au Village des valeurs puisqu'elle voulait que les escarpins, souliers vernis et bottes de travailleurs exposés puissent témoigner de leur vécu. Sous chacune des chaussures, l’artiste a vissé un morceau de métal, imitant en cela les souliers des danseurs de claquettes, même si cet ajout ne modifie pas le son produit. Ce qui l’intéresse dans cette installation, comme dans d'autres qui jalonnent sa carrière, c’est le rapport entre l’art et la technologie. «Généralement, on associe la technologie à la vitesse, au progrès, note cette professeure d’art à l’Université Concordia. Pourtant, mon installation a un côté dysfonctionnel, un peu pathétique. Les souliers sont équipés pour faire de la claquette, et pourtant ils font autre chose.»
   
À l’entendre, la collection de souliers exposés joue sa propre symphonie imparfaite, sans répondre aux ordres des spectateurs. On ne sait jamais, en effet, quel soulier va faire fonctionner le ressort et émettre un son. Pour Ingrid Bachmann, le caractère aléatoire de l’installation permet de rapprocher la technologie du monde des humains. Son côté imparfait témoigne de la complexité des rapports qui peuvent s’établir entre les deux univers. Déjà, Ingrid Bachmann réfléchit à la prochaine présentation de cette installation qui aurait lieu sans doute en février à l’Université Concordia. Elle va demander à un compositeur d’imaginer une musique à partir de quelques rythmes fréquemment exécutés par ses souliers. Puis, un instrumentiste viendra les interpréter dans la salle où l’œuvre prendra place. «C’est une façon de rendre le travail encore plus vivant, de se rapprocher du public», indique l’artiste. En guise de clin d’œil, elle a d’ailleurs installé 52 chaussures  tout en annonçant une symphonie à 54 souliers. Peut-être est-ce une façon de vous inviter à vous déchausser en arrivant pour que vos propres chaussures joignent la parade?
   
La Galerie des arts visuels est située au 255, boulevard Charest Est. Ses heures d'ouverture sont du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30 et les samedi et dimanche de 13 à 17 h.

Université Laval

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Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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