Arts

Maisons hantées

Les photographies grand format de Danielle April capturent la magie de l’implicite

Par : Renée Larochelle
Regardez bien les photos de grand format au fini glacé que présente Danielle April jusqu’au 18 novembre à la Galerie des arts visuels: on se croirait dans une ville fantôme. On y voit des maisons, des toits et des frontons qui se découpent sur des ciels bleus tirant quelquefois sur le mauve. Le temps semble s’être arrêté sur ces habitations aux contours parfois indéfinis, où différentes réalités semblent se superposer. Nous sommes devant un monde improbable en même temps que parfaitement ancré dans la matérialité des choses. C’est peut-être ce qui fait la magie des 11 photographies de cette exposition ayant pour titre Implicite. Ce qui a été photographié n’est pas clairement identifiable ou même visible. Telles des fenêtres ouvertes sur un songe, ces photos s’apparentent à des états d’esprit: les idées sont parfois claires, parfois floues, toujours demeurent des zones d’ombre. Sommes-nous hier ou aujourd’hui?

«J’ai toujours été fascinée par les maisons, dit Danielle April, une artiste qui vit et travaille à Québec depuis une trentaine d’années. Je me souviens que, lorsque j’étais petite, j’avais peur de déambuler seule dans les rues de la petite ville où j’habitais. Pour me rassurer et me protéger, je regardais les maisons et je tentais de leur donner un visage humain. Par exemple, les fenêtres étaient les yeux et la porte représentait la bouche. Là seulement, je pouvais continuer sans crainte mon chemin.» La sensation d’étrangeté qui se dégage des photos que Danielle April présente à la Galerie des arts visuels vient peut-être de cette attirance mêlée d’un certain malaise face au paysage bâti. La photographie étant un art qui se conjugue au passé, l’artiste rejoint le présent en faisant converger des lieux et des moments différents, saisis, eux aussi, dans des espaces et des temps différents. En un seul coup d’œil, on arrive à reconstituer cette réalité qui n’en est pourtant pas une.

La magie du développement
Danielle April pratique l’art de la photographie de la façon la plus traditionnelle qui soit, développant ses photos une à une, dans le calme et l’intimité de la chambre noire. La fragilité de la pellicule l’émeut toujours alors qu’elle superpose les négatifs noir et blanc ou en couleur, pour en tirer de saisissants effets de transparence. «Comme c’est le côté organique de la photo qui m’intéresse, je laisse de côté la photo numérique qui pour moi ne recèle aucune magie», souligne-t-elle. À l’instar du peintre qui vibre à la lumière du jour et que rien n’inspire autant que la nature, l’artiste se sert de son appareil photo comme d’un pinceau pour recréer un univers ambigu peuplé d’habitations étranges et d’espaces énigmatiques. L’imaginaire de Danielle April ne s’arrête pas aux façades. L’intérieur des habitations, invariablement associé à l’identité de l’être qui y habite, l’attire également. En attendant de pousser cette porte et de pénétrer plus avant dans l’intériorité, Danielle April souhaite se perdre dans le temps et y emmener ceux et celles qui viendront voir ses photos qui vont au-delà de l’espace-temps.

Les heures d’ouverture de la Galerie des arts visuels (295, boul. Charest Est) sont de 11 h 30 à 16 h 30 du mercredi au vendredi et de 13 h à 17 h les samedis et dimanches.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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