Arts

Les yeux de l'esprit

Dans sa thèse de doctorat, Swann Paradis, un vétérinaire converti à la littérature, s’est penché sur le monde des quadrupèdes imaginé par le naturaliste Buffon  

Par : Renée Larochelle
«Vous seriez le candidat idéal pour travailler à une thèse de doctorat sur Buffon!» C’était à la cafétéria du pavillon Alphonse-Desjardins, en septembre 2001, et Swann Paradis, vétérinaire de profession ayant succombé aux attraits des lettres, venait à peine de terminer son mémoire de maîtrise en littérature et s’apprêtait dans un avenir assez rapproché à retourner soigner ses chiens et ses chats dans sa clinique de Sillery. Loin de tomber dans l’oreille d’un sourd, cette phrase lancée par Thierry Belleguic, à l’époque professeur à la Faculté de lettres et aujourd’hui doyen de cette même faculté, eut un effet bœuf chez Swann Paradis qui décida de remettre à plus tard son retour dans l’univers des animaux de compagnie pour entrer dans celui de Buffon, écrivain, scientifique et considéré comme le plus grand descripteur d’animaux du 18e siècle, de même que le plus grand naturaliste entre Aristote et Darwin. «La conversation n’a duré que dix minutes mais le mal était fait», raconte avec humour Swann Paradis, qui vient tout juste d’accoucher d’une thèse frisant les 700 pages intitulée: Imaginer pour «démerveiller» la faune, La fabrique géniale des quadrupèdes dans l’ Histoire naturelle de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788).

Imagination et rigueur
Dans cette étude supervisée par Thierry Belleguic, Swann Paradis s’est penché sur les 12 volumes consacrés aux quadrupèdes dans l’Histoire naturelle, dont l’œuvre entière compte 36 volumes et 20 000 pages. «En plus d’être myope comme une taupe, Buffon n’a à peu près jamais voyagé, affirme Swann Paradis. C’est donc dire qu’il n’a le plus souvent jamais vu de ses propres yeux les animaux qu’il décrit. Pour suppléer ce manque, il va dépouiller une masse prodigieuse de récits de voyages et de missives rédigés par des voyageurs ou des spécialistes.  Je me suis intéressé à la part que prenaient  en quelque sorte les yeux de l’esprit dans son oeuvre, qu’on peut traduire par l’imagination, dans la description des portraits animaliers de Buffon, portraits qui se voulaient à la fois scientifiques et littéraires.»

Est-ce à dire que ces descriptions correspondent bel et bien à la réalité? Selon Swann Paradis, le génie scientifique de Buffon constitue le chef d’orchestre qui maintient l’harmonie entre l’art du jugement et l’art de l’invention. «Comme d’autres chercheurs l’ont souligné avant moi, je pense que l’Histoire des quadrupèdes ne pouvait pas en son temps être plus savante ni plus complète, assure-t-il. Elle est le résultat d’un travail incessant de mise en ordre et d’analyse. Buffon entretenait aussi un dialogue continu avec de nombreux correspondants et de collaborateurs et  n’hésitait jamais à admettre ses erreurs ou à remettre en question ses propres hypothèses. C’était à la fois un écrivain et un savant.»

Le changement de cap de Swann Paradis n’était pas provisoire. Aussi à l’aise dans le monde littéraire qu’un poisson dans l’eau, il vient tout juste de prendre sa retraite de la médecine vétérinaire, à 40 ans, pour accepter un poste de professeur de langues et de littérature à l’Université York à Toronto. 


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