Arts

Faire sa place sur Spotify

Cette plateforme de diffusion, incontournable pour tout musicien, fera l’objet d’un cours en ligne à la Faculté de musique

Fin 2019, Spotify comptait 124 millions d’abonnés payants, soit 28 millions de plus que l’année précédente. C’était avant le début du confinement imposé par la crise sanitaire qui a eu pour effet de faire exploser la demande pour les contenus en ligne.

Roi incontesté de la lecture de musique en continu (ou streaming), Spotify permet aux artistes de diffuser et de promouvoir leurs pièces à travers le monde entier. Les listes de lecture (playlists) sont créées par les abonnés, par des algorithmes ou par des employés de Spotify qu’on appelle des curateurs.

Comment créer des fichiers conformes aux exigences techniques de Spotify? Comment fonctionnent les outils d’analyse des profils de son auditoire? Quelles sont les formes de revenus potentiels? Ces questions et bien d’autres seront abordées dans un nouveau cours offert cet automne, Gérer sa carrière sur Spotify.

L’initiative est celle du professeur Serge Lacasse, de la Faculté de musique. Lui-même musicien, il a constaté que les informations sur Spotify et ce genre de services de distribution numérique étaient dispersées ici et là. «La spécificité de Spotify par rapport aux autres plateformes est que les musiciens peuvent faire leur promotion auprès de certaines classes de curateurs. Je trouvais qu’il y avait une lacune sur le plan des connaissances. Les musiciens, en général, ne savent pas comment utiliser tous les outils qui existent pour faire leur propre promotion.»

En plus des conseils techniques, le cours a pour but de permettre aux étudiants de développer leur esprit critique sur l’univers de la musique en ligne. «Tout au long du cours, ils seront amenés à voir l’envers de la médaille, que ce soit par rapport au numérique, au streaming ou au téléchargement. La présence des multinationales, les redevances aux créateurs et les transformations de l’industrie amènent des aspects moins positifs discutés durant la session. Ainsi, les étudiants pourront fonder leurs choix et leurs activités musicales sur une base critique.»

Au sujet de la rémunération des artistes, le professeur insiste sur une chose: il est très difficile, voire quasi impossible, de gagner sa vie avec Spotify. «Certains musiciens peuvent en vivre, mais il s’agit de cas exceptionnels. La majorité du temps, ils sont soutenus par de grosses compagnies ou ont eu un hit YouTube inattendu. Pour réussir, les musiciens doivent combiner les plateformes numériques, les spectacles, les disques et d’autres produits, toujours en sachant qui ils sont et à qui ils s’adressent.»

Son conseil – et c’est là un point crucial abordé dans le cours – est de marier les stratégies de marketing et de communication. «D’abord, il faut se servir adéquatement des réseaux sociaux. Avec Spotify, les playlists permettent de toucher son public cible et d’augmenter son nombre d’abonnés. Il n’y a pas de recette miracle, mais mon cours vise à donner le plus d’outils possible afin que les étudiants sachent comment voyager dans ce nouvel environnement numérique.»

Le professeur Lacasse sait de quoi il parle: le projet Hits for HIIT, qu’il a lancé récemment avec sa collègue Sophie Stévance, remporte un grand succès sur les réseaux sociaux. Ce projet, qui consiste à créer des musiques spécifiquement adaptées à l’entraînement par intervalles à haute intensité, est suivi par plus de 200 000 personnes sur Facebook. À ce chiffre s’ajoutent quelque 25 500 abonnés Instagram et près de 10 000 inscriptions à la chaîne YouTube. Ce succès est le résultat d’une campagne de promotion savamment orchestrée.

Par rapport à la présence numérique de l’industrie québécoise, Serge Lacasse remarque un certain décalage avec le reste du monde. «Certains artistes sont très actifs, comme Marie-Mai sur Twitter, mais la plupart le sont peu ou sont carrément invisibles. Il faut dire que le Québec est un marché particulier. Il s’agit d’un marché relativement restreint, mais tissé serré. Les médias traditionnels, comme la télévision et la radio, fonctionnent encore, ce qui ne veut pas dire que le numérique n’est pas important.»

Un milieu appelé à se renouveler

Pour ceux qui s’inquiètent de l’avenir de la musique en ce temps de coronavirus, le professeur a ce message rempli d’espoir: «Je pense que la crise va emmener de nouvelles façons de faire qui seront bénéfiques. Plus que jamais, les gens ont besoin de musique; on le voit dans les courbes de téléchargement et de streaming, qui ont beaucoup augmenté. La situation de la COVID-19 aidera à coordonner les efforts vers le numérique et mettra de la pression sur des fournisseurs comme Spotify et Apple pour qu’ils règlent la question des redevances, qui sont très faibles pour les artistes. Ces changements contribueront par multiples ricochets à améliorer la situation. Du moins, je l’espère.»

Le cours Gérer sa carrière sur Spotify est ouvert à tous les musiciens, interprètes, compositeurs et à quiconque est amené à travailler avec Spotify ou souhaite en savoir plus sur le fonctionnement de l’industrie musicale numérique.

Inscription

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!