Arts

Exit la partition!

Avec sa thèse de doctorat, le guitariste Jean-Philippe Després espère encourager davantage de musiciens classiques à se tourner vers l'improvisation

Comment font-ils? C'est la question, grosso modo, que s'est posée Jean-Philippe Després en voyant des experts de l'improvisation s'activer sur leur instrument. Il donne en exemple la pianiste vénézuélienne Gabriela Montero, qu'il a vue en concert à Montréal. «Sa prestation était époustouflante! Réalisées spontanément à partir des suggestions et des histoires du public, ses créations possèdent un langage riche et bien maîtrisé», dit-il, visiblement admiratif.

Autrefois boudée par certains musiciens et professeurs, l'improvisation fait de plus en plus d'adeptes, si bien que l'étudiant a décidé d'en faire son sujet de doctorat. Son but: donner des outils aux pédagogues qui souhaitent intégrer l'improvisation à la démarche d'apprentissage du musicien classique de niveau collégial ou universitaire. Récemment, ses recherches ont donné lieu à la publication d'un article scientifique dans le journal Thinking Skills and Creativity. Deux autres textes paraîtront dans le Journal of Research in Music Education et dans Intersections: revue canadienne de musique.

Dans un premier temps, le chercheur a échangé avec des professionnels du piano, de l'orgue, de la guitare classique, de la contrebasse ou du violon reconnus mondialement comme des spécialistes de l'improvisation. Originaires de la France, de l'Allemagne, d'Israël et du Canada, ils ont été questionnés sur leur parcours d'apprentissage de la musique. Par la suite, certains artistes étaient invités à improviser une pièce. L'action était filmée grâce à une petite caméra fixée sur leur tête. Des discussions, nourries par les images vidéo, ont permis d'approfondir des notions sur leur processus créatif. Enfin, un troisième volet de l'étude portait plus précisément sur l'aspect pédagogique de l'improvisation. Des musiciens et des professeurs de musique ont livré leurs secrets de l'enseignement. Les données recueillies durant ces trois phases ont été croisées afin de créer un cadre conceptuel de production et d'apprentissage de l'improvisation classique.

Jean-Philippe Després, qui pratique lui-même l'improvisation à la guitare depuis son jeune âge, a été étonné de certains résultats de sa recherche. «Dans la littérature scientifique, les stratégies d'improvisation se basent principalement sur le choix des notes ou des rythmes par rapport à des gammes ou à la structure des accords. Or, certains musiciens ont des stratégies qui n'ont rien à voir avec ces notions, que ce soit pour créer une ambiance ou tout simplement pour se sortir de l'embarras; en improvisation, il faut continuer de jouer même si l'inspiration ne vient pas. Ces musiciens ont développé leurs propres stratégies pour gagner du temps avant que surgissent de nouvelles idées. Ce sont des notions que l'on trouve très peu dans la littérature et que j'ai pu approfondir au fil de mes rencontres.»

Pour le chercheur, il ne fait nul doute que l'apprentissage de l'improvisation peut avoir un effet positif sur l'acquisition d'autres compétences musicales. «L'improvisation permet de transcender la peur de l'imperfection et d'apprendre à prendre des risques, tout en nourrissant sa créativité et sa capacité à composer. Tous ces éléments contribueront à aider le musicien à se forger une voix plus personnelle et à faire face aux changements rapides et à l'imprévisibilité qui caractérisent le 21e siècle.»

Cette vision se trouve au coeur d'un séminaire sur la créativité musicale qu'il donne à l'occasion en tant que chargé de cours à la Faculté de musique. Musicien au sein du groupe post-rock Alam al-Mithal, il enseigne aussi les rudiments de la guitare à son enfant, Nathanaël, âgé de 5 ans. Qui sait, ces petits moments privilégiés avec son fils feront peut-être de lui le prochain Jimi Hendrix ou Eric Clapton…

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