Arts

Entre conflit et coopération

Depuis les années 1950, les rapports entre Paris et Washington ont été tantôt houleux tantôt harmonieux sur le plan de la politique étrangère

Par : Yvon Larose
Il y a quelques mois, le président Sarkozy annonçait le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). «Ce faisant, la boucle était bouclée, explique Renéo Lukic, professeur au Département d’histoire. En 1966, le président de Gaulle avait retiré la France de l’OTAN. Cette décision découlait du manque de collaboration des Américains dans le développement du nucléaire militaire français. Le retour de la France dans l’OTAN a redonné une dynamique de coopération aux relations franco-américaines, lesquelles étaient déjà assez bonnes.»
Le professeur Lukic a dirigé la production, en plus de rédiger deux chapitres, d’un ouvrage collectif paru récemment aux Presses de l’Université Laval sous le titre: Conflit et coopération dans les relations franco-américaines, un livre de 366 pages sous-titré: Du général de Gaulle à Nicolas Sarkozy. En 11 chapitres, 9 spécialistes français, américains et québécois font une analyse approfondie et globale des rapports tantôt houleux tantôt harmonieux entre la France et les États-Unis sur le plan de la politique étrangère depuis les années 1950.

La crise du canal de Suez en 1956, la guerre des Six Jours entre Israël et une coalition de pays arabes en 1967, et la crise de l’Irak en 2003 à l’Organisation des Nations unies (ONU) entre partisans et adversaires d’une invasion militaire: dans chaque cas, la France et les États-Unis se sont affrontés par diplomates interposés dans l’enceinte de l’ONU. En revanche, les deux États ont été solidaires dans la crise des missiles à Cuba en 1962, durant la désintégration de l’Union soviétique à la suite de la chute du Mur de Berlin en 1989 et lors des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Une hiérarchie basée sur l’atome
Depuis une soixantaine d’années, les contentieux qu’ont eus les deux pays en politique internationale touchaient à leurs intérêts d’État en Europe et au Moyen-Orient. Ils concernaient également les ambitions nucléaires de la France. «De Gaulle avait compris très tôt que la hiérarchie des puissances allait se faire sur la base de l’atome, sinon on est une puissance de second rang, rappelle Renéo Lukic. Le président français voulait que la France soit traitée de la même manière que la Grande-Bretagne sur le plan de la coopération nucléaire. Une dynamique de la conflictualité a été engendrée par la non-collaboration des Américains à ce chapitre.»

Pour comprendre la différence de traitement en ce domaine, il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale. «Le président américain Roosevelt a traité la France comme une puissance de deuxième ordre à partir de sa capitulation face à l’Allemagne en juin 1940, indique le professeur. Pendant plus d’un an, la Grande-Bretagne s’est retrouvée seule en Europe en guerre contre les puissances fascistes, d’où un grand respect de Roosevelt pour Churchill, le premier ministre britannique. En comparaison, de Gaulle représentait une volonté politique en exil et sans moyens militaires. C’est là la toile de fond de la relation franco-américaine, laquelle fut très conflictuelle durant la guerre.»

De l’Égypte à l’Irak
La dernière grave crise entre la France et les États-Unis remonte à 2003 lorsque la France a mené, au Conseil de sécurité de l’ONU, un mouvement d’opposition à la guerre en Irak. Renéo Lukic compare cette crise, par son intensité, à l’affaire du canal de Suez en 1956. Quelques mois après la nationalisation du canal par l’Égypte, la France, la Grande-Bretagne et Israël étaient intervenus militairement dans la région. À l’ONU, les États-Unis se sont rangés du côté de l’Union soviétique, les deux superpuissances lançant un ultimatum commun aux belligérants. «Cette affaire, affirme le professeur, a incroyablement influencé les relations franco-américaines d’une manière négative. De Gaulle n’était pas au pouvoir, mais il a été marqué par ce qui était perçu en France comme une humiliation considérable. La décision de développer une force de frappe nucléaire ne se comprend pas sans l’affaire de Suez.»

Renéo Lukic souligne la volonté de la France de faire de l’Union européenne un pôle européen de l’OTAN. «L’idée, dit-il, consisterait à construire une défense européenne horizontale, symétrique avec les États-Unis afin de parler d’égal à égal avec eux.» Selon lui, ce projet ne peut se réaliser sans la coopération pleine et entière de la France et de l’Allemagne. «La Grande-Bretagne demeure réticente à renoncer à sa relation spéciale avec les États-Unis pour se ranger du côté de la nouvelle Europe, poursuit-il. Pourtant, il ne s’agirait pas pour elle de couper complètement les ponts, seulement de montrer qu’elle fait partie de l’Europe en posant un geste décisif. Ce pourrait être d’aligner ses forces nucléaires avec celles de la France et de mettre ça au service de l’Europe.»

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