Arts

Écrire le corps

L’ouvrage collectif Épidermes réunit les textes de 14 écrivains qui se sont inspirés du thème de la manipulation du corps

Par : Matthieu Dessureault
<em>Épidermes</em> parait aux éditions Tête première.
<em>Épidermes</em> parait aux éditions Tête première.

Que se passe-t-il quand on donne carte blanche à 14 auteurs talentueux autour d’un thème aussi riche que celui du corps? Pour le savoir, il faut lire Épidermes, un ouvrage collectif qui vient de paraître aux éditions Tête première.

Ce livre, qui réunit nouvelles, poèmes, contes et autofiction, a été codirigé par Sophie-Anne Landry et Mattia Scarpulla avec la collaboration de Fanie Demeule. Outre ces trois auteurs, on y trouve des œuvres signées Alain Beaulieu, Jean-Paul Beaumier, Anne-Marie Desmeules, Natalie Fontalvo, Ariane Gélinas, Nicholas Giguère, Stéphane Ledien, Marie-Ève Muller, Anne Peyrouse, Miruna Tarcau et Alex Thibodeau.

Si l’hétéroclisme berce ses 280 pages, Épidermes plaira assurément aux amateurs d’histoires sombres et mystérieuses. «Une étrangeté ressort du recueil, résume Mattia Scarpulla. Les auteurs avaient comme consigne d’explorer des mondes oniriques ou fantastiques. Chacun de leurs textes présente un univers très singulier.»

D’un hôpital psychiatrique à une maison close, en passant par une taverne en Irlande, les récits mettent en scène une manipulation physique ou psychologique du corps, qu’elle soit voulue ou non par le protagoniste. Derrière les scènes parfois crues ou violentes se trouve une poésie imagée et percutante. Les auteurs décrivent le corps sous toutes ses coutures avec ses formes, ses rides, ses cicatrices, ses blessures, ses défauts. Il est question notamment de vieillissement, de surdité, d’obésité, de maladie, de sexe et d’itinérance.

L’idée du thème du corps revient à Sophie-Anne Landry. C’est à la suite d’un rêve qui l’a perturbée qu’elle a voulu écrire une fiction mettant en scène une statue de cire vivante. «J’avais cette nouvelle qui m’habitait depuis longtemps et que je souhaitais poursuivre. En croisant Mattia dans un événement poétique, je lui ai proposé l’idée, puisqu’il a déjà travaillé sur le thème du corps. C’est lui qui m’a offert d’intégrer d’autres auteurs et autrices au projet pour en faire une anthologie.»

Pour recruter des participants, le duo a fait appel à des écrivains dont il admire le travail. Tous ont accepté avec enthousiasme. Du lot, plusieurs sont enseignants ou étudiants à l’Université Laval. Mattia Scarpulla et Sophie-Anne Landry, d’ailleurs, sont inscrits en études littéraires, lui comme doctorant et elle au baccalauréat. Sophie-Anne Landry est aussi agente de gestion des études à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, ce qui lui a inspiré un clin d’œil au domaine de la foresterie dans sa nouvelle.

Pour cette auteure habituée de travailler surtout en poésie, la codirection d’un ouvrage collectif fut une expérience des plus formatrices. «Les professeurs qui m’ont enseigné sont de grandes sources d’inspiration. J’ai énormément de respect pour ces auteurs. C’était une chance de pouvoir collaborer avec eux dans un projet professionnel, tout comme ce fut un immense plaisir de travailler avec Mattia.»

Ce projet terminé, les étudiants entendent bien renouveler la collaboration. «Ça s’est tellement bien passé. Rapidement, nous avons instauré un rythme de travail à deux qui nous a permis de faire avancer le projet. C’était simple et enrichissant», relate Mattia Scarpulla.

Épidermes en trois extraits

Dans le pli de mon ventre, par Alain Beaulieu, professeur en création littéraire: «Une longue cicatrice fendait le miroir en deux parties à peu près égales, de bas en haut, et mon cerveau en avait calqué le modèle. J’ai souri, et je me suis aimée l’espace d’un cillement, jusqu’à ce que j’aperçoive le visage de ma mère en filigrane, ses yeux, son nez, ses seins remontés. Les autres ont toujours dit la fille de sa mère

Pauvres baby dolls, par Stéphane Ledien, chargé de cours et doctorant en études littéraires: «Il a mis du temps, des années de thérapie, à apprécier sa personne, son apparence physique. A s’accepter tel qu’il est. À gagner suffisamment de confiance en soi pour pouvoir regarder une femme dans les yeux. Quitte à la demander en mariage, un jour.»

Ecchymoses, par Alex Thibodeau, étudiante à la maîtrise en littérature: «Les samedis matins, j’attends Lia près de la grande roue. Je cherche son visage couleur de lune devant la mer striée par les bateaux, le grain de beauté près de sa lèvre supérieure, et par-dessus tout, ses yeux qui regardent à travers un objectif d’appareil photo, même lorsqu’il n’y en a pas.»

Les autres auteurs issus de l’Université Laval sont Anne Peyrouse, chargée d’enseignement en création littéraire, Anne-Marie Desmeules, doctorante en études littéraires, Miruna Craciunescu, stagiaire postdoctorale en études littéraires, Marie-Ève Muller, diplômée d'une maîtrise en littérature, et Jean-Paul Beaumier, diplômé d’un baccalauréat en études françaises.

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