
Les organisateurs et artistes présents lors du dévoilement de la programmation, le 20 novembre
— Llamaryon
C'est devenu un rendez-vous incontournable pour découvrir des artistes prometteurs et des textes de théâtre inédits, dont plusieurs en cours de création. Du 13 au 16 décembre, le Festival du Jamais Lu Québec sera de retour au théâtre Périscope. De la quinzaine d'auteurs qui participeront aux diverses activités, plusieurs sont étudiants, chercheurs ou diplômés de l'Université Laval.
Pour la directrice artistique de l'événement, Marie-Ève Lussier Gariépy, il est important de mettre à contribution ces créateurs issus de différents programmes d'études. «C'est une des choses auxquelles je suis sensible, en tant que directrice artistique. J'aime intégrer des autrices et auteurs dont les parcours académiques et professionnels sont diversifiés. Je trouve que c'est super enrichissant pour la dramaturgie de la ville de Québec.»
Martin Sirois fait partie des cinq auteurs qui verront un extrait de leur texte présenté lors de la soirée de l'Accélérateur de particules, le 15 décembre, dès 19h.
Pour cet étudiant au certificat en théâtre, sa participation au festival marque un tournant important. Enseignant en anglais dans une école, il s'est tourné vers le théâtre après être tombé en amour avec l'écriture dramatique. Avec la troupe Les Treize, il a joué dans Fendre les lacs et rencontré Lauriane Charbonneau, à qui il a fait appel pour la mise en lecture de son tout premier texte théâtral.
Récréations permanentes raconte l'histoire de Simon, un trentenaire qui se confronte à ses choix de vie après avoir croisé son ex dans un mariage d'amis du secondaire. «Ce personnage a quitté sa ville natale il y a plusieurs années, laissant derrière lui une vie qu'il aurait pu avoir. Plus jeune, il caressait des rêves de révolution, de nationalisme. Sa rencontre avec son ex l'amènera à vivre une crise existentielle. Le texte est à la fois une remise en question sur les espoirs passés de ce personnage et plus largement une réflexion sur l'activisme et le futur du Québec», résume Martin Sirois.
Dans le cadre de sa participation au Jamais Lu, l'étudiant travaille avec une équipe de comédiens, avec qui il peut pratiquer le texte, en plus de Lauriane Charbonneau pour la mise en lecture. «Le fait de voir ces artistes qui ont beaucoup de talent lire mon texte, poser des questions, dire et redire les répliques, proposer des changements, c'est extrêmement riche. Pour moi qui commence dans ce milieu, je n'en reviens pas de la chance que j'ai de voir mon texte prendre vie à travers eux.»

Martin Sirois et Lauriane Charbonneau
— Llamaryon
Célébrer Robertine Barry
De son côté, Juliette Bernatchez travaille sur le texte Quand verrons-nous avec le metteur en scène Étienne La Frenière. Cette œuvre se veut un hommage à Robertine Barry, femme de lettres, journaliste et militante féministe qui a joué un rôle clé dans les sphères littéraire et politique au tournant du 20e siècle.
«Le texte est un croisement entre des archives, de la poésie et de la fiction, puisqu'on reprend à notre sauce des éléments que Robertine Barry a écrits. La poésie permet d'explorer l'intériorité de cette femme et d'amener des changements dans le ton de la pièce», dit celle qui est professionnelle de recherche au Laboratoire Ex situ.
De 1891 à 1909, Robertine Barry a publié dans les pages de plusieurs revues et journaux, dont La Patrie et Le journal de Françoise, qu'elle a fondé. On lui doit aussi le recueil Fleurs champêtres, où elle brosse un portrait de la classe paysanne canadienne-française.
C'est lors de ses études au baccalauréat en études littéraires que Juliette Bernatachez a découvert les écrits de celle qui signait sous le pseudonyme de Françoise. «Le nom de Robertine Barry, mentionné dans un cours de littérature des femmes, m'était resté en tête. Plus récemment, j'ai retrouvé des chroniques qu'elle a écrites sur le site de BAnQ. J'ai été happée par son côté comique. Ses textes offrent un point de vue super intéressant sur la vie quotidienne de l'époque.»
En revisitant l'œuvre de Robertine Barry, Juliette Bernatchez veut sortir de l'ombre cette femme d'exception que l'Histoire a fait disparaitre, ou presque. «Peu de gens connaissent Robertine Barry aujourd'hui. Pourtant, à son époque, elle était une vedette. Elle tenait des salons littéraires et était en contact avec tous les politiciens, en plus d'avoir été la mentore d'Emile Nelligan. Ces femmes invisibilisées qui ont joué un rôle important dans l'Histoire, je veux les remettre de l'avant, les célébrer. C'est ce que j'essaie de faire avec Quand verrons-nous.»
Outre Juliette Bernatchez et Martin Sirois, les autres artistes issus de l'Université Laval qui participeront au Jamais Lu sont Claudia Blouin (baccalauréat en théâtre et arts vivants), Auréliane Macé (maîtrise en littérature et arts de la scène et de l'écran), Samuel Corbeil (baccalauréat en sociologie), Léo Derivière (baccalauréat en théâtre et arts vivants) et Constance Gosselin (études libres en anthropologie).