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Le Parti conservateur du Québec et son potentiel de croissance

Un nouvel indicateur d’intention de vote créé à l’Université Laval a servi, avant les élections de 2022, à l’analyse de l’ascension fulgurante de cette formation politique dans les sondages

Par : Yvon Larose
Le 11 septembre 2022, durant la campagne électorale, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a pris part à une manifestation en faveur des agriculteurs, «des alliés historiques des conservateurs», a-t-il déclaré. Il a appelé à voter «pour libérer le potentiel agricole du Québec le 3 octobre prochain».
Le 11 septembre 2022, durant la campagne électorale, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a pris part à une manifestation en faveur des agriculteurs, «des alliés historiques des conservateurs», a-t-il déclaré. Il a appelé à voter «pour libérer le potentiel agricole du Québec le 3 octobre prochain».

Le professeur Yannick Dufresne enseigne au Département de science politique de l’Université Laval. Un de ses intérêts de recherche est le comportement électoral. Entre janvier et mai 2022, il a commandé 5 sondages à la firme Synopsis sur les intentions de vote des électeurs à quelques mois des élections générales québécoises du 3 octobre. Un total de 5500 personnes ont répondu à l’enquête. L’analyse des données a mené à une publication scientifique au mois de septembre dans la Revue canadienne de science politique, publiée en ligne par Cambridge University Press. Les cosignataires de l’étude, en plus du professeur, étaient les étudiants Alexis Bibeau (doctorat), Axel Déry (maîtrise) et Hubert Cadieux (baccalauréat).

«Le but de l’étude, explique le professeur Dufresne, consistait à savoir si le Parti conservateur du Québec (PCQ), une formation ayant fait des gains considérables dans les sondages d’intention de vote en 2021, notamment avec un nouveau chef à sa tête, pouvait encore faire des gains en vue de l’élection provinciale de 2022, ou s’il avait atteint son plein potentiel. L’étude cherchait aussi à savoir si la base électorale de ce parti était relativement solide ou fragile.»

Pour tenter de répondre à ces questions, l’équipe de recherche a eu recours à un indicateur d’intention de vote de son cru, l’index relatif de confiance. Ce nouvel outil créé au Département de science politique a permis d’analyser la structure des appuis réels et potentiels au PCQ. Il consiste, pour le répondant, à attribuer librement une note entre 0 et 10 à chacun des candidats qui se présentent dans sa circonscription. Cette note reflète la probabilité, de très basse à très haute, que l’électeur vote pour le parti en question.

«Nous avons fait des tests et l’index fonctionne autant théoriquement qu’empiriquement, affirme-t-il. Dans le cas, par exemple, où trois partis sollicitent le vote de l’électeur et que celui-ci accorde le score de 10 au parti A, 0 au parti B au et 0 au parti C, il est clair que l’électeur est plus sûr de voter pour le parti A que pour l’un des deux autres. Si les deux autres partis ont respectivement une note de 9 et de 0, l’index donnera une valeur à chacun des trois partis. En agrégeant ces scores, on peut donc voir combien de gens ont le vote solide ou le vote moins solide. On peut aussi voir le potentiel de croissance de chacun des partis.»

Un complément au sondage classique

Selon Yannick Dufresne, l’intérêt de l’index relatif de confiance n’est pas qu’il remplace les questions d’intention de vote traditionnelles, mais plutôt qu’il intervient comme un complément qui peut contribuer à mieux lire le potentiel d’une campagne électorale.

«L’index fait faire comme un zoom in à l’outil de mesure quantitative qu’est un sondage, soutient-il. Il permet de voir les choses d’un autre angle. L’intention de vote classique nous donne une indication. Mais les gens ne peuvent voter pour plusieurs partis. L’index, lui, permet une plus grande nuance. Il permet de prendre en considération la dynamique, je dirais même la dimension psychologique du vote. Il permet de voir qu’il y a de l’attachement, du dédain aussi chez les électeurs pour tel ou tel parti. Dans l’intention de vote classique, on n’a rien de ça.»

Pour rappel, les questions d’intention de vote classiques permettent de cibler un meneur dans une course électorale et de déterminer si cette course est serrée ou non. Cependant, elles n’offrent pas d’information sur un possible deuxième choix des électeurs. Elles n’indiquent pas non plus la possibilité d’un changement de vote. Les questions d’intention de vote classiques ne permettent pas d’évaluer la solidité des bases électorales des partis. Elles ne permettent pas non plus d’estimer leur potentiel de croissance.

Une base solide

Le Parti conservateur du Québec a vu le jour en 2013. Aux élections générales québécoises de 2018, il a récolté 1,5% du suffrage. En avril 2021, le parti comptait 14 000 membres lors de l’élection de son nouveau chef Éric Duhaime. Aux récentes élections du 3 octobre, à la surprise générale, le PCQ a récolté 530 786 votes, soit 12,9% de l’ensemble du suffrage. Rappelons les résultats très serrés du vote à cette élection pour Québec solidaire avec 15,4% des voix, le Parti québécois avec 14,6% et le Parti libéral avec 14,3%. Peu avant l’élection, le 7 septembre, l’agrégateur de sondages Qc125 accordait 15% des voix au PCQ.

«On voyait dans les données de nos sondages que le Parti conservateur a une base solide, souligne Yannick Dufresne. Nous n’avons pas été surpris que cela se soit concrétisé en votes.»

À partir de l’analyse des données des sondages, les chercheurs ont formulé trois conclusions. En vue des élections d’octobre 2022, la limite de croissance du Parti conservateur semblait atteinte, la formation politique ayant fait le plein d’appuis. Ensuite, ce parti semblait bénéficier d’une base électorale solide. Enfin, le PCQ faisait face au défi de conserver ses électeurs fragiles.

Selon le professeur Dufresne, les résultats de l’élection du 3 octobre ont confirmé ces prévisions. «On avait vu que le potentiel de croissance du PCQ était limité et que, dans le contexte actuel, il risquait plus de perdre des électeurs qu’en gagner, souligne-t-il. Aussi, on avait vu le contraire chez le Parti québécois qui possède, encore à ce jour et encore plus cet été, un bon potentiel de croissance.»

L’étude indique que le PCQ semble avoir presque fait le plein d’appuis dans les mois précédant l’élection du 3 octobre. Par ailleurs, ce parti a une proportion d’électeurs considérés comme solides sensiblement la même que celles du Parti libéral et de Québec solidaire. De plus, les trois partis ont un nombre très semblable d’électeurs fragiles.

La suite des choses

Selon lui, quelques éléments jouent en défaveur du Parti conservateur depuis le 3 octobre.

«Le parti n’a pas obtenu de siège à l’Assemblée nationale, rappelle-t-il. Il n’est donc pas dans l’espace médiatique. Conservatisme fiscal, conservatisme social, populisme de droite, pensée libertarienne: ces valeurs peuvent plaire à la base conservatrice au Québec. Sauf que celle-ci peut voter pour un parti de centre-droit comme la Coalition avenir Québec. Il n’est pas exclu, après la démission récente de sa cheffe Dominique Anglade, que le Parti libéral se repositionne un peu vers la droite, comme il l’a déjà fait dans le passé. Ce départ augmentera-t-il ou diminuera-t-il le potentiel de croissance de ce parti? Est-ce que Éric Duhaime va pouvoir aller chercher une coalition de ces différents types de conservateurs? Quoi qu’il en soit, ce contexte laisse peu d’espace pour l’émergence d’un nouveau parti aux valeurs conservatrices. En même temps, le PCQ a un chef connu.»

Le professeur soulève une autre question relativement aux prochaines élections générales dans quatre ans. «Comment, dit-il, le Parti conservateur se distinguera-t-il alors que la critique de la gestion de la pandémie, qui lui avait permis de se faire connaître, sera loin derrière nous?»

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