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Neil Bissoondath: se jeter dans le vide de l'écriture

Cet écrivain et professeur en création littéraire voit chacun de ses romans comme l'occasion de plonger dans l'inconnu

Par : Matthieu Dessureault
Neil Bissoondath
Neil Bissoondath

La nouvelle a été annoncée le 29 décembre, de quoi terminer l'année 2021 sur une bonne note: Neil Bissoondath faisait son entrée à l'Ordre du Canada. L'écrivain et professeur en création littéraire à l'Université Laval a été sélectionné par la gouverneure générale pour sa grande contribution à la littérature canadienne.

Cet honneur, qui s'ajoute à son titre de Chevalier de l'Ordre national du Québec reçu en 2010, lui donne l'impulsion pour continuer à faire ce qu'il aime tant: raconter des histoires. «Comme écrivain, il est parfois difficile de savoir si notre travail est apprécié. Cette récompense vient confirmer que mes romans et mes nouvelles ont une certaine importance. Considérant qu'il me reste encore une vingtaine d'années d'écriture, je suis prêt!», lance-t-il, tout sourire.

Originaire de Trinité-et-Tobago, dans les îles des Caraïbes, Neil Bissoondath vit au Canada depuis qu'il a 18 ans. Il est l'auteur de nombreuses œuvres ayant pour thème l'identité. Ses romans, écrits en anglais, ont été traduits dans plusieurs langues. Il a aussi publié un essai sur le multiculturalisme au Canada, Le Marché aux illusions, qui a suscité un vif débat à travers le pays.

L'œuvre romanesque de Neil Bissoondath est motivée par une envie d'explorer la complexité de l'humain dans tous ses paradoxes, ses zones d'ombres, ses mystères. «Je ne suis pas un écrivain qui a des réponses, mais j'ai beaucoup de questions, dit-il. Mon imagination me permet d'explorer ces questions à travers des personnages qui se présentent à moi.»


« Je ne suis pas un écrivain qui a des réponses, mais j'ai beaucoup de questions. »
Neil Bissoondath

Lorsqu'il écrit, il devient en quelque sorte «spectateur» de son histoire, la trame narrative n'étant pas planifiée à l'avance. «Chaque livre commence par un personnage qui s'impose. Mon intuition me dit que c'est le début d'un roman. Chaque matin, en m'assoyant devant l'ordinateur, je le retrouve dans son univers et j'attends qu'il me parle. C'est lui qui me raconte sa vie. Moi, je l'écoute et j'évite de lui imposer quoi que ce soit.»

Ce processus d'écriture fut au cœur de son roman La Clameur des ténèbres, paru chez Boréal en 2006. Tout a commencé par une scène qui lui est apparue mentalement lors d'une marche hivernale: quelqu'un était assis dans un bureau rempli de vieux dossiers poussiéreux. Devant lui, un homme plus âgé et chauve. Les jours suivants, assis au parc enneigé de la Plage-Jacques-Cartier, l'auteur a noirci des pages et des pages de notes, impatient de découvrir ce qui allait se passer.

Ainsi est né ce roman à suspense qui raconte les aventures d'Arun, 21 ans, qui quitte son milieu bourgeois pour enseigner dans un village pauvre. «L'histoire se passe dans un pays tropical au climat chaud et humide, alors qu'elle a été écrite face au fleuve à moins 30 degrés Celsius! C'est le mystère de la création: l'auteur ne contrôle pas ce qui se passe, c'est son imaginaire.»

Pour Cartes postales de l'enfer, un autre de ses romans à succès, Neil Bissoondath avait imaginé deux personnages: Alec, un homme qui s'invente une double vie pour atteindre ses objectifs professionnels, et Sumintra, dont les désirs vont à l'encontre de son éducation issue d'une famille d'origine indienne conservatrice. En nous entraînant tour à tour dans la tête de l'un et de l'autre, l'auteur propose une réflexion sur la fabrication de l'identité et les masques que l'on porte pour vivre en société.

Encore une fois, ces thèmes se sont imposés d'eux-mêmes. «J'ai raconté simplement ce que les personnages me montraient, en alternant les deux voix narratives. Ce n'est que rendu aux dernières pages que j'ai su comment l'histoire allait se terminer.»

Soyez prévenus, la fin du roman réserve un revirement pour le moins inattendu!

Deux des nombreux romans de Neil Bissoondath, <em>La Clameur des ténèbres</em> et <em>Cartes postales de l'enfer</em>, parus chez Boréal.

Quand la pomme ne tombe pas loin de l'arbre

L'écriture fait partie de l'ADN de Neil Bissoondath. Neveu du prix Nobel de littérature V.S. Naipaul, il est né dans une famille où les livres et la lecture prenaient une place considérable. Déjà à 10 ans – il se souvient du moment précis, c'était lors d'une visite de son oncle –, il savait qu'il deviendrait écrivain.

Peu intéressé par la théorisation de la littérature, il s'est tourné vers des études universitaires en français à Toronto. Dès son premier livre, il s'est vu propulsé au rang des grands auteurs canadiens. À l'Université Laval, où il enseigne la création littéraire depuis 20 ans, il a trouvé un moyen de partager sa passion.

Dans ses cours, il rejette toute intellectualisation de l'écriture et insiste sur le rôle de l'intuition et de l'imagination dans la création. «Chaque auteur a un univers littéraire qui est unique. J'invite mes étudiants à découvrir le leur. Ensuite, il faut reconnaître qu'il y a certaines techniques de l'écriture narrative à apprendre et maîtriser. Mes cours sont très pratiques; il n'y a pas de théorie de la création.»

Plusieurs auteurs aujourd'hui établis ont été formés par Neil Bossoondath. Mais pas seulement des écrivains. Le professeur se souvient d'une diplômée qu'il a croisée il y a quelques années: «Cette ancienne étudiante était devenue non pas écrivaine, mais photographe professionnelle. Elle m'a dit: “C'est dans vos cours que j'ai appris à voir le monde. Ce sont vos enseignements qui m'ont amenée vers la photographie.” De savoir que ce sont mes cours qui lui avaient permis de trouver sa passion, ça me touche énormément.»

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