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Il y a 50 ans, l'envol

L'histoire derrière la murale L’Homme devant la science

Par : Pascale Guéricolas
L'Homme devant la science (1962), sur la façade nord du pavillon Adrien-Pouliot
L'Homme devant la science (1962), sur la façade nord du pavillon Adrien-Pouliot

L’image


Artiste épris de symbolisme et de réalisme, Jordi Bonet offre avec cette murale sa vision de «l’Homme bâti pour être libre et debout». Ce sont là les mots de Nicolas Desbiens, responsable de la salle d’exposition du Cégep Sainte-Foy, qui a consacré une exposition à ce grand céramiste il y a deux ans. «Il travaillait beaucoup sur la dualité. Dans cette œuvre, on voit à la fois un homme et une femme, ainsi qu’un oiseau en plein envol, symbole d’angoisse et d’espoir.»

Pour Huguette Bouchard-Bonet, veuve de Jordi Bonet et elle-même céramiste, la murale met en scène un homme, soutien de la famille, qui porte une femme sur son dos. Cela illustre le rôle important des humains dans le monde, leur participation au devenir d’un pays, à la base de la science. L’oiseau, lui, illustre le mouvement, l’inspiration, le guide spirituel au-dessus des humains.


La fabrication


Avant de se lancer dans cette immense fresque, Jordi Bonet a bâti des maquettes et dessiné la scène sur différents supports. Quelques-uns de ces travaux préparatoires sont exposés au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire. «Pour produire des centaines de tuiles, il a fallu aller à Courtrai en Belgique, se souvient Huguette Bouchard-Bonet. Là-bas, il existait un des deux seuls fours sur rail au monde permettant de cuire la céramique en grande quantité.» C’était la première fois au Québec qu’un artiste se lançait dans une céramique extérieure de cette dimension. Bonet en avait construit une autre en 1955 sur la façade de l’hôtel de ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, mais elle n’est pas signée de son nom.


La restauration


Exposée depuis 50 ans aux rigueurs du climat québécois, la murale est due pour une cure de beauté. La céramique est sensible aux cycles de gel et dégel. Là où le mur de maçonnerie de briques s’est compacté, des tuiles décollent. L’équipe de restauration prévoit démonter jusqu’à 500 tuiles pour les nettoyer en laboratoire et restaurer les autres in situ l’été prochain. Pour visionner une entrevue avec la restauratrice Isabelle Cloutier, visitez le blogue Julie sur le campus.
www.juliesurlecampus.ulaval.ca/cohabitation-artistique


«Une machine à créer»


L’artiste d’origine catalane avait été marqué par la guerre civile espagnole et par la perte de son bras droit durant son enfance. «Il se tenait debout par miracle, témoigne Huguette Bouchard-Bonet. Il n’existait qu’en fonction des œuvres à faire.» Décédé d’une leucémie à 47 ans, ce créateur infatigable a marqué l’art québécois en utilisant la céramique pour intégrer ses œuvres à l’architecture. Selon Nicolas Desbiens, les œuvres de Jordi Bonet ne sont pas assez reconnues. «Je suis persuadé que ses créations sont encore en dormance. Le langage qu’il utilise nous oblige à être contemplatifs. Il faut prendre le temps de vivre avec son œuvre.»


Ses influences et son legs


Marqué par les grands maîtres espagnols, tels Goya et Velasquez, Jordi Bonet a aussi fréquenté le créateur de la Sagrada Familia de Barcelone, Antonio Gaudi, en parcourant la Catalogne durant son enfance. Son amour des textures, son style symboliste, son génie de la céramique racontent son attachement à sa terre d’origine. Lui qui collabore avec Riopelle dès 1956 apporte au Québec une grande ouverture sur le monde. En 22 ans, il va créer une centaine de murales ici et ailleurs. Sa plus fameuse est celle qui orne le Grand Théâtre de Québec, inspirée de la phrase du poète Claude Péloquin: «Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves!»


Une création moderne


Selon Madeleine Robin, responsable de la valorisation des collections à l’Université Laval, la décision d’orner le pavillon Adrien-Pouliot d’une fresque témoigne d’un choix artistique étonnant en 1962. À cette époque, aucun programme de 1% n’obligeait les établissements à investir dans l’art public. «L’Université semblait avoir une attitude favorable à l’intégration d’œuvres sur son campus.» Un geste moderne peut-être inspiré par l’architecte du pavillon, Lucien Mainguy. L’œuvre constituera même la signature visuelle de l’Université pendant une certaine période à partir de 1966.


L’art public selon Jordi Bonet


«Trop souvent nous œuvrons dans la solitude, loin des champs d’action où notre destinée pourrait s’épanouir: des villes se bâtissent autour de nous, mais nous n’y sommes pas. L’art est pourtant aussi à l’aise dans les rues et places publiques que dans les salles d’un musée; il est la richesse collective de tous les hommes. […] Fermer nos yeux, ouvrir notre tête, voir: l’art est l’écriture des visions à dire.»


Venez le voir de vos yeux!


Le campus est un vrai petit musée à ciel ouvert. L’Université a acquis ses premières œuvres en 1951, une décennie avant que le gouvernement du Québec ne produise sa première politique d’intégration des arts à l’architecture! Cette fin de semaine, à l’occasion des Journées de la culture, le public est invité à découvrir la collection par un rallye pédestre ou une séance de géocache par GPS. Il peut aussi consulter 76 fiches explicatives en ligne en visitant un nouveau cybermusée consacré au sujet. «La préservation et la mise en valeur de notre patrimoine culturel font partie de nos objectifs de développement durable», souligne le recteur Denis Brière.
www.ulaval.ca/art-public

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