Vie universitaire

Une détermination à toute épreuve

Chaque année, le Département de chimie prête ses laboratoires aux élèves autochtones qui désirent passer l’examen final de 5e secondaire dans cette matière

Par : Pascale Guéricolas
Jésus Jérôme Lacroix aide Sharissa Mallory Dumont-Cheezo, de Lac-Simon, à préparer son matériel avant de réaliser l’expérience.
Jésus Jérôme Lacroix aide Sharissa Mallory Dumont-Cheezo, de Lac-Simon, à préparer son matériel avant de réaliser l’expérience.
Pour arriver fraîche et dispose à son examen final de chimie qui avait lieu les 13 et 14 mai sur le campus, Sharissa Mallory Dumont-Cheezo n’a pas pris de chance. Quatre jours avant la date prévue de l’examen, elle a quitté sa communauté Anishnabe de Lac-Simon, non loin de Val-d’Or, située à 8h de route de Québec, pour se rendre aux résidences de l’UL. Dès le jeudi, la jeune fille a donc attendu tranquillement le jour de son épreuve. «Je me suis reposée pour bien me préparer», raconte l’adolescente de 17 ans. Quatre autres élèves provenant de diverses réserves autochtones se sont inscrits, comme elle, à cette évaluation. Pour eux, cet examen de chimie est crucial: sa réussite constitue un préalable indispensable pour accéder au cégep et aller ensuite à l’Université.

Les élèves qui vivent dans les réserves n’ont malheureusement pas accès à ce type d’examen chez eux. La plupart des écoles secondaires qui se situent dans les communautés autochtones anglophones et francophones ne possèdent pas le personnel nécessaire pour assurer l’enseignement de la chimie en cinquième secondaire, même si certains établissements abritent des laboratoires scientifiques. Le problème, c’est que les écoles ne peuvent compter sur les services à temps partiel d’un technicien en laboratoire en mesure de préparer les expériences et de nettoyer par la suite.

Voilà pourquoi le Département de chimie, avec l’aide bénévole d’une de ses techniciennes en travaux d’enseignement et de recherche, Maryline Marois, donne accès à ses laboratoires depuis sept ans aux candidats à l’examen final. Les élèves qu’elle reçoit utilisent souvent pour la première fois des cylindres gradués, des fioles jaugées ou un ballon servant à mesurer très précisément les quantités nécessaires de liquide. «Je prépare les expériences au préalable pour que les élèves possèdent tout le matériel nécessaire, précise la technicienne. C’est une cause qui me tient à cœur, car j’ai envie qu’ils puissent avoir accès à une belle carrière par la suite.» Cette année, cette dernière a trouvé le groupe très autonome, et particulièrement appliqué dans le nettoyage des instruments une fois les manipulations effectuées.

Le conseiller à la réussite scolaire du Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN), Jérôme Jésus Lacroix, est conscient des contraintes particulières des élèves qu’il encadre tout au long de l’année et qu’il évalue en mai, à l’Université Laval. Il s’adapte donc à leur réalité. Cet ancien professeur de sciences a mis sur pied un cours à distance en chimie, afin de permettre au plus d’élèves possible d’obtenir leur diplôme de cinquième secondaire. «Le programme vise à développer leur esprit scientifique en les rendant les plus autonomes possible, souligne Jésus Jérôme Lacroix. Comme ces élèves n’ont pas accès à des produits comme l’acide chlorhydrique ou autre, je bâtis mes expériences avec des œufs, du sel, du bicarbonate de soude ou… de l’huile de clou de girofle. Une façon d’illustrer la réfraction optique grâce à un produit à forte densité qui fait dévier les rayons lumineux.»

Avant leur examen final, ces élèves expérimentent donc pour la plupart la chimie dans leur cuisine familiale où ils découvrent, par exemple, les réactions de coagulation des œufs. Un responsable de l’école dans la communauté s’assure du suivi des travaux et de la présence des jeunes aux cours préenregistrés fournis par le conseiller pédagogique. Depuis que Jésus Jérôme Lacroix a constaté que la présence de nuages nuisait aux liaisons Internet par satellite dans certaines régions, il évite les cours en direct!



Dès l’an prochain, Debby Ottawa devra quitter sa communauté atikamekw de Manawan, dans Lanaudière, pour rentrer au cégep.

Photo : Louise Leblanc



Graham Moar, de Manawan, a dû suivre en même temps son cours de sciences de 4e secondaire et de chimie de 5e secondaire, car il voulait absolument aller au cégep en août.

Photo : Louise Leblanc

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