Vie universitaire

Trois questions à Thierry Giasson

Au sujet de la campagne électorale sur le Web

Les publicités politiques ont fait une entrée fracassante sur Internet dès la première semaine de la campagne électorale fédérale. Les agissements du macareux irrévérencieux conservateur ont fait couler beaucoup d’encre, tandis que les libéraux tentaient de corriger l’image austère de Stéphane Dion en lançant un site le présentant sous un jour sympathique et familial. Radioscopie de cet univers virtuel avec Thierry Giasson, professeur au Département d’information et de communication et spécialiste de la blogosphère politique.

Q  Quel rôle jouent, dans la campagne, les publicités sur Internet comparées aux publicités dans les médias plus traditionnels?

R  Il faut d’abord préciser qu’il s’agit de sites, et non de publicités en tant que telles. Ces sites, d’ailleurs très étoffés par la qualité et la quantité des applications, dans le cas notamment de notaleader.ca où le macareux apparaît, permettent  aux partis politiques de s’adresser à un segment plus précis de la population. De la même façon que la publicité cherche des auditoires toujours plus ciblés, le PC visait ici les militants conservateurs qui voulaient se payer la tête des libéraux. Manifestement, le site a pour but de discréditer l’adversaire, comme, au fond, dans d’autres publicités politiques. Les mêmes règles de la régie publicitaire s’appliquent sur Internet, par rapport à d’autres supports. Par contre, on observe une évolution de la communication politique depuis quelques années. Sur Internet, l’auditoire semble plus ouvert à des manifestations extrêmes de ce type de communication, car les gens naviguent et consomment des publicités venant d’autres pays comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis. D’élection en élection, les partis essayent de pousser les limites de la tolérance et du bon goût. Les conservateurs s’étaient d’ailleurs fait remarquer en 1993 par une publicité assez abjecte contre Jean Chrétien où sa paralysie faciale apparaissait dans une série de gros plans le montrant grimaçant.

Q  Doit-on considérer l’influence grandissante des blogues politiques ainsi que des mouvements de chaînes de courriels qui ont permis à la chef des Verts de participer au débat télévisé comme l’expression d’une démocratie participative? Ou encore comme une façon pour les partis politiques de mieux faire passer leur message?

R Les blogueurs sont des citoyens avant tout, très politisés, engagés dans une démarche de prise de parole. Plusieurs sont aussi très militants, et les partis peuvent tenter de les récupérer. D’ailleurs, les sites invitent les blogueurs au début de chaque campagne à aller sur les blogues du camp adverse pour les commenter, et essaient de fédérer les internautes. Une des grandes réussites de Barack Obama, par exemple, c’est de décentraliser beaucoup son organisation en regroupant les gens qui écrivent sur son site en fonction de leur code postal. De cette façon, des groupes de voisins militants se forment, auxquels le parti peut fournir des outils de communication politique. Au-delà de ces tentatives de récupération, je pense que les blogueurs cherchent à créer une conversation, à avoir une voix pour mieux se faire entendre des élites politiques dans un exercice de démocratie participative. Ils veulent devenir de meilleurs citoyens.

Q  Quel avenir pour la communication politique sur Internet avec la prochaine arrivée du Web 2.0?

R  Cela va changer la direction de la communication politique. Plutôt que de simplement recevoir l’information des élites, les citoyens vont à leur tour envoyer des informations qui pourront avoir un impact sur la stratégie de la direction des partis. Le Web devient de plus en plus participatif. Les internautes vont donc produire encore plus de contenus qui vont alimenter directement la conversation politique. Avant, les gens pouvaient écrire aux journaux, utiliser les lignes téléphoniques pour donner leur avis, mais il existait toujours un tri. À l’avenir, cela va devenir de plus en plus difficile pour les partis de contrôler leur message dans les campagnes électorales. Ils devront sans cesse procéder à des ajustements et à des mises à jour.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!