Société

Sur les pas de Bernard Saladin d’Anglure et de Roald Amundsen

La Bibliothèque présente non pas une, mais deux superbes expositions sur le Grand Nord

Vue d’ensemble de l’exposition Mondes inuit - La collection Saladin d’Anglure. Celle-ci est divisée en trois sections correspondant aux trois dimensions que comportait la vie des Inuit d’autrefois. Encore de nos jours, ces structures imprègnent les sociétés inuit.

Mondes inuit – La collection Saladin d’Anglure et Leçons de l’Arctique. Ces titres évocateurs du Grand Nord coiffent deux nouvelles expositions qui viennent de démarrer simultanément au pavillon Jean-Charles-Bonenfant, plus précisément à la salle d’exposition du premier étage de la Bibliothèque. Elles se poursuivront jusqu’au 1er septembre.

Mondes inuit est consacrée aux recherches ethnologiques effectuées durant les années 1960 et 1970 auprès des habitants du nord du Canada, en particulier au nord du Québec, le Nunavik, par Bernard Saladin d’Anglure, alors professeur au Département d’anthropologie. Celui-ci a enseigné pendant plus de 30 ans à l’Université. Cette réalisation s’inscrit dans les activités entourant le 50e anniversaire de la création du Département. Elle est le fruit d’une collaboration entre la Bibliothèque et le Département.

La seconde exposition provient du musée Fram, à Oslo, en Norvège. Elle a été réalisée en collaboration avec la Société géographique royale du Canada et l’ambassade de Norvège à Ottawa. Son contenu porte sur le célèbre explorateur polaire norvégien Roald Amundsen, lequel fut le premier à franchir le passage du Nord-Ouest, au pôle Nord, au début des années 1900, puis le premier à atteindre le pôle Sud quelques années plus tard.

Une cérémonie de lancement a eu lieu le jeudi 6 février à la Bibliothèque. Plusieurs dignitaires étaient présents, dont la rectrice Sophie D’Amours et l’ambassadrice de Norvège au Canada, Anne Kari Hansen Ovind. Durant son allocution, la rectrice a rappelé que le nom Amundsen a une résonnance particulière à l’Université puisqu’il a été donné à un brise-glace de recherche arctique dont le programme scientifique est géré par l’Université.

 «Nos deux pays, a-t-elle ajouté, ont beaucoup en commun et je considère important de renforcer les liens qui nous unissent. Nos recherches qui touchent la nordicité méritent d’être partagées et nos œuvres culturelles gagnent à se côtoyer.»

La réalité en trois dimensions

Entrer dans la salle consacrée aux habitants du Grand Nord, c’est pénétrer dans un autre monde. Dans d’autres mondes, devrait-on dire, puisque, selon les recherches du professeur Saladin d’Anglure, la vie des Inuit d’autrefois comportait trois dimensions qui se chevauchaient et se complétaient pour former un tout. Ces dimensions, telles qu’ils les a perçues et schématisées, comprennent une échelle infrahumaine, une échelle humaine et une échelle suprahumaine. Elles révèlent une façon singulière de penser et d’être dans le monde.

À l’échelle infrahumaine appartiennent les fœtus, les enfants et les petits animaux. À l’échelle humaine, les hommes se consacrent à la chasse et les femmes s’adonnent à des tâches liées au foyer et à la cueillette. À l’échelle suprahumaine, le chamane collabore avec le monde invisible, il réussit à guérir les malades et à transformer un humain en animal, ou l’inverse. Encore de nos jours, ces structures imprègnent les sociétés inuit.

 «Le bleu et le blanc dominent dans cette salle, souligne la commissaire de l’exposition et étudiante au baccalauréat en anthropologie, Marie-Pierre Thibault. Les concepteurs ont voulu représenter le côté glacial de l’Arctique. Ces couleurs rappellent le Nord et rendent vraiment l’atmosphère arctique.»

Au centre de la salle, un très beau vêtement d’assez grande dimension, un manteau de chamane en fourrure de caribou, attire immanquablement le regard. Il s’agit d’un des quatre manteaux inuit traditionnels présentés dans l’exposition. Ces pièces, comme la cinquantaine d’autres objets exposés, sont tirées de la collection de 354 vêtements et objets constituée par Bernard Saladin d’Anglure à la suite de ses nombreux séjours au Nord. Cette collection, il l’a léguée à l’Université en 2018. Elle témoigne d’un mode de vie basé sur la subsistance et caractérisé par un semi-nomadisme.

«Le manteau de chamane est la pièce maîtresse de l’exposition, indique Marie-Pierre Thibault. Il s’agit de la reproduction d’un manteau porté par le chamane Qingailisaq, qui vivait au Nunavut dans le passé. Il évoquerait un manteau porté par un esprit féminin que le chamane avait rencontré vers 1880. Bernard Saladin d’Anglure l’a fait reproduire en trois exemplaires en 1982 par des couturières inuit, descendantes du chamane.»

Les autres vêtements exposés consistent en un manteau de femme, un parka fait de fourrure de caribou muni d’une large capuche et d’une poche dorsale pour porter un bébé. Il y a aussi un manteau d’homme confectionné avec des peaux de canard eider, ainsi qu’une combinaison pour petit enfant, également faite de caribou.

Les autres objets sont autant de témoins de la vie quotidienne des Inuit d’autrefois. On peut notamment voir un bilboquet et un jeu d’osselets, un arc avec carquois et flèches utilisés par les chasseurs inuit avant l’introduction des armes à feu pour chasser le gibier terrestre et les oiseaux, un couteau à neige servant au découpage des blocs de neige servant à la construction de l’iglou, et deux masques cérémoniels portés par deux chamanes, l’un d’eux étant travesti en femme, lors d’une fête célébrée pendant la période d’obscurité de la fin novembre à la mi-janvier.

Ajoutons à cela des lunettes à neige dont les fentes étroites offrent une excellente protection contre la lumière éblouissante du soleil sur la neige, un attelage pour chiens de traîneau qui étaient entre 5 et 15 pour un seul traîneau, et l’équipement pour la chasse sur la glace constitué d’un harpon relié à un flotteur en peau.

«Ce matériel de qualité nous a permis d’illustrer le modèle élaboré par le chercheur, un modèle englobant et assez complexe, le travail d’une vie, explique Marie-Pierre Thibault. Énormément d’objets ne sont pas pareils dans la collection. Cela a rendu la sélection difficile. Nous sommes allés vers le plus pertinent et le plus attrayant à montrer.»

Un hommage à la vie d’Amundsen

Juste à côté de la salle se trouve l’exposition Leçons de l’Arctique consacrée à l’explorateur Roald Amundsen. De grandes toiles comportant des textes informatifs appuyés par de nombreuses photos anciennes en noir et blanc descendent des hauteurs. Sur ces toiles sont relatés les temps forts de la vie de l’explorateur, principalement son franchissement du passage du Nord-Ouest, au pôle Nord, à bord du Gjøa au début des années 1900, puis sa conquête du pôle Sud quelques années plus tard. L’exposition relate les préparatifs de l’explorateur en prévision de ses périlleux voyages. On peut voir notamment des notes de son journal de bord.

Amundsen a le premier réussi à ouvrir le passage du Nord-Ouest par voie maritime. Il a réalisé cet exploit avec un équipage de six hommes seulement. Le voyage, d’une durée de trois ans, s’est déroulé entre 1903 et 1906. Amundsen hiverne notamment deux ans dans une baie où il effectue des mesures magnétiques relatives à la localisation du pôle Nord. Il entre en contact et interagit avec des Inuit canadiens dont il apprend la langue et dont le savoir traditionnel s’avérera crucial à l’expédition au pôle Sud.

C’est en janvier 1911 que l’explorateur et son équipage atteignent le continent antarctique. Ils établissent des dépôts de ravitaillement en ligne droite vers le pôle. L’expédition se met en marche le 19 octobre. Elle comprend cinq hommes, quatre traîneaux et 52 chiens d’attelage. Le 14 décembre, les Norvégiens prennent possession du pôle Sud au nom du roi Haakon VII.

Lors du lancement du 6 février à l’entrée de l’exposition Leçons de l’Arctique. Loubna Ghaouti, directrice de la Bibliothèque de l’Université Laval, Céline Saucier, consule honoraire de Norvège au Canada, Anne Kari Hansen Ovind, ambassadrice de Norvège au Canada, Sophie D’Amours, rectrice, Bernard Saladin d’Anglure, professeur associé au Département d’anthropologie et donateur, France Croteau, directrice par intérim de La Fondation de l’Université Laval, François Gélineau, doyen de la Faculté des sciences sociales.

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