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Vivent les grandes

Dans la population d’otaries de l’île Amsterdam, les grandes femelles jouissent d’un avantage de taille sur le plan reproducteur

Par : Jean Hamann
De retour d'une expédition de chasse de plusieurs centaines de kilomètres, une femelle otarie reprend ses forces tout en allaitant son petit dans une colonie de l'île Amsterdam.
De retour d'une expédition de chasse de plusieurs centaines de kilomètres, une femelle otarie reprend ses forces tout en allaitant son petit dans une colonie de l'île Amsterdam.
Tout comme les joueurs de basket ou de volley, les otaries subantarctiques qui habitent l’île Amsterdam ont intérêt à être grandes si elles veulent connaître du succès sur le terrain. C’est ce que démontrent Gwénaël Beauplet, professeur au Département de biologie, et son collègue Christophe Guinet, du CNRS de France, dans un article qu’ils publient dans un récent numéro des Proceedings of the Royal Society. Chez cette espèce d’otarie, l’avantage est de taille sur le plan reproducteur: au cours de la dernière décennie, les grandes femelles ont produit 71 % des jeunes de la colonie, les moyennes, 27 % et les petites, 2 %, alors que chaque groupe est en nombre comparable sur l’île.
   
Depuis 1994, les chercheurs suivent à la trace un groupe de femelles otaries marquées individuellement qui fréquentent cette petite île volcanique située dans le sud de l’océan Indien. Si les grandes femelles évincent leurs semblables sur le plan reproducteur, ce n’est pas parce qu’elles trouvent plus facilement un partenaire sexuel et qu’elles mettent bas plus souvent. La différence se situe plutôt du côté de leur capacité à nourrir leur unique petit jusqu’au sevrage. «Chez cette espèce, la mise bas a lieu en été et la période de nourrissage dure environ dix mois, signale Gwénaël Beauplet. Comme les sites d’alimentation sont situés loin de la colonie, les femelles doivent parcourir de longues distances pour se nourrir avant de revenir allaiter leur petit.» En été, ces périples, qui durent de 1 à 2 semaines, les entraînent jusqu’à 600 km de l’île Amsterdam. En hiver, alors que la nourriture se fait plus rare, elles partent entre trois et six semaines et vont jusqu’à 1 500 km de la colonie. «Entre leurs expéditions, elles passent de trois à cinq jours sur l’île pendant lesquels elles dorment continuellement pendant que leur petit se nourrit», précise le chercheur.
   
L’énorme différence dans le succès reproducteur des grandes et des petites otaries a de quoi surprendre considérant que l’écart moyen dans la taille des deux groupes n’est que de quatre centimètres. «Les grandes femelles n’ont pas seulement un corps plus long, explique le professeur Beauplet, chaque partie de leur anatomie est plus grande, de sorte qu’elles sont sans doute de meilleures nageuses, de meilleures plongeuses et des chasseuses plus efficaces, ce qui leur permet de nourrir plus régulièrement leur petit.» Par ailleurs, même si leur taille n’est que de 2 à 3 % plus grande, leur corps est de 4 à 9 % plus volumineux, ce qui leur permet de stocker davantage de graisses qui serviront à produire plus de lait.
  
Il ne faut pas s’attendre à ce que le succès reproducteur des grandes femelles pousse toute l’espèce sur la voie du gigantisme, prévient toutefois le chercheur. «C’est la rareté actuelle des ressources alimentaires hivernales qui confère un avantage sélectif aux grandes femelles de l’île Amsterdam. Dans les autres colonies situées plus près des sites d’alimentation, la taille ne semble pas avoir autant d’importance sur la reproduction.» Le professeur Beauplet, qui s’est récemment joint au Département de biologie et au groupe de recherche Québec-Océan, entend poursuivre le même type de travaux avec le phoque commun qui fréquente l’estuaire du Saint-Laurent.

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