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Vers une chimie darwinienne?

Le Nobel 1987 Jean-Marie Lehn prédit un avenir autoprometteur à la chimie

Par : Jean Hamann
«Nous nous dirigeons vers une époque où la chimie sera adaptative, évolutive et même darwinienne, a prédit Jean-Marie Lehn.
«Nous nous dirigeons vers une époque où la chimie sera adaptative, évolutive et même darwinienne, a prédit Jean-Marie Lehn.
Des molécules capables de s'auto-organiser et de se désassembler lorsque le résultat souhaité n'est pas obtenu, voilà de quoi se chauffera la chimie de demain selon Jean-Marie Lehn, professeur à l'Université de Strasbourg et prix Nobel de chimie (1987). Ce pionnier de la chimie supramoléculaire était de passage à l'Université la semaine dernière pour prononcer deux conférences, dont la première, destinée au grand public, retraçait la route conduisant de la matière à la vie. Le Département de chimie a choisi le professeur Lehn comme conférencier du programme Cours/Conférence Georges-Élie-Amyot pour 2009. Grâce à la Chaire Georges-Élie-Amyot, créée en 1925 pour favoriser l'enseignement de la chimie à l'Université, le Département accueille chaque année des scientifiques de renom dans ses murs.
   
La chimie est une science de l'information, a expliqué le professeur Lehn aux quelque 200 personnes venues l'entendre le 20 octobre. Cette information est contenue dans les éléments chimiques, qui sont en quelque sorte les briques qui composent la matière. Tout comme la forme d'une maison dépend de la façon dont les briques sont assemblées, la formation de molécules complexes repose sur la mise en œuvre d'information — les liens qui unissent les éléments chimiques — au niveau supramoléculaire. «Cette programmation moléculaire constitue la base de la capacité d'auto-organisation qui a permis la complexification menant de la matière non vivante à la matière vivante», a-t-il souligné.
   
Jusqu'à présent, la chimie a utilisé la connaissance de la matière pour transformer ou fabriquer des molécules. Lorsque l'architecture des molécules est complexe, le processus de synthèse est souvent laborieux et coûteux. Il y aurait toutefois moyen de miser sur la propriété d'auto-organisation de la matière pour simplifier les choses, a fait valoir le conférencier. «Il suffirait d'utiliser cette propriété pour diriger la formation spontanée de molécules fonctionnelles de grande complexité», explique-t-il. La matière se fabriquerait elle-même et les molécules s'autodétruiraient lorsque le résultat n'est pas celui espéré. L'application de ce principe pourrait conduire à la nanofabrication de molécules complexes, qu'il s'agisse d'hélices simples, doubles ou triples, de cylindres ou de grilles. Ceci permettrait, par exemple, de fabriquer une nouvelle génération de nanoprocesseurs qui repousseraient les limites de puissance des ordinateurs.
   
«Nous nous dirigeons vers une époque où la chimie sera adaptative, évolutive et même darwinienne, a-t-il prédit. L'essence de la chimie n'est pas uniquement de comprendre la matière, mais aussi de la créer. L'être pensant, dont le cerveau est la plus impressionnante structure auto-organisée qui existe, pourra ainsi maîtriser sa destinée. Ce qu'il fera de ce pouvoir deviendra une question plus importante que jamais.»   

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