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Vers le vaccin idéal?

Denis Leclerc mise sur les protéines stables que partagent les virus pour mieux prévenir les infections qu’ils causent

Par : Jean Hamann
Denis Leclerc, du Centre de recherche en infectiologie: «Le taux de protection du vaccin n'était que de 40 à 50 % parce qu'il y a eu des écarts entre les souches contenues dans le vaccin et les souches qui ont véritablement circulé».
Denis Leclerc, du Centre de recherche en infectiologie: «Le taux de protection du vaccin n'était que de 40 à 50 % parce qu'il y a eu des écarts entre les souches contenues dans le vaccin et les souches qui ont véritablement circulé».
Le vaccin idéal contre la grippe devrait induire la même réaction immunitaire que la véritable maladie, offrir une protection parfaite contre toutes les souches d’un virus, induire une mémoire immunitaire permanente après une seule vaccination et ne pas provoquer d’effets secondaires. Chimère d’infectiologue? Pas dans l’esprit du professeur Denis Leclerc qui travaille depuis près de dix ans à la mise au point d’un vaccin réunissant plusieurs de ces caractéristiques. Invité à prononcer la conférence d’ouverture à l’occasion de la 11e Journée de la recherche de la Faculté de médecine, qui s’est déroulée le 2 juin sur le campus, le chercheur du Centre de recherche en infectiologie a fait le point sur ses travaux qui reposent étonnamment sur un virus végétal, le virus de la mosaïque de la papaye.
   
Les vaccins actuels contre la grippe contiennent des virus brisés appartenant à des souches qui, prévoit-on, seront les plus courantes lors de la prochaine saison grippale. Il peut s’écouler plus de six mois entre le moment où le choix des souches est fait et la vaccination de la population. Comme les choses évoluent rapidement dans le petit monde viral, il arrive que les prédictions ratent la cible. «Au cours des trois dernières années, il y a eu des écarts entre les souches contenues dans le vaccin et les souches qui ont véritablement circulé, a souligné le professeur Leclerc. C’est pour cette raison que le taux de protection du vaccin n’a atteint que 40 à 50 %.»
   
Le problème, explique le chercheur, est que les vaccins actuels stimulent la production d’anticorps contre des protéines trouvées à la surface des virus et que ces protéines varient beaucoup d’une souche à l’autre. Pour contourner le problème, Denis Leclerc propose de cibler des protéines stables, communes aux différentes espèces de virus, qui se trouvent à l’intérieur plutôt qu’à la surface de ceux-ci. Certaines de ces protéines seraient communes chez 95 % de toutes les souches de virus de la grippe, souligne-t-il. Autre avantage, cette approche stimulerait la production de cellules immunitaires chargées de détruire les cellules du corps où se cachent des virus, éliminant ainsi ces intrus avant qu’ils ne se multiplient.
   
C’est là que le virus de la mosaïque de la papaye entre en jeu. Ce virus végétal possède des protéines qui stimulent la réponse immunitaire cellulaire sans causer d’effets indésirables puisqu’il ne peut se reproduire chez l’humain. Lorsque ces protéines sont combinées au vaccin grippal courant et administré à des souris, la production d’anticorps quadruple et la réponse immunitaire cellulaire augmente par un facteur 16.
  
En théorie, la grippe et d’autres types d’infections virales comme l’hépatite C et la fièvre typhoïde pourraient être mieux combattues à l’aide de cette nouvelle stratégie de vaccination. Il suffirait de combiner les protéines du virus de la papaye à des protéines propres aux virus qui causent ces maladies pour stimuler davantage la production d’anticorps et la réponse immunitaire cellulaire. Une étape importante vers l’homologation de ces vaccins nouveau genre devrait s’amorcer cet automne alors que seront réalisées les études de toxicité du produit.

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